Indicateurs de la variabilité et du changement du climat

2.1 EXPLICATION DE LA VARIABILITÉ DU CLIMAT

Deux grands phénomènes atmosphériques et océaniques ont une incidence considérable sur la variabilité du climat en Colombie-Britannique :

  1. l'El Niño - oscillation australe (El Niño - Southern Oscillation, ou ENSO), et
  2. l'oscillation décennale du Pacifique (Pacific Decadal Oscillation, ou PDO). Il semble s'agir de phénomènes naturels mais dont la fréquence et l'intensité varient en réaction à l'évolution du climat planétaire (Trenberth et Hurrell, 1994; Timmermann, 1999).

L'ENSO est un phénomène de la zone tropicale du Pacifique qui influe sur les régimes météorologiques planétaires, selon un cycle de 3 à 7 ans (voir le chapitre 2; Wolter et Timlin, 1993, 1998). Durant les épisodes d'El Niño à caractère chaud, les eaux des régions équatoriales du Pacifique remontent la côte ouest de l'Amérique du Nord et influent sur les températures à la surface de la mer, sur le niveau de la mer et sur le climat régional dans toute la Colombie-Britannique. C'est surtout en hiver et au printemps que les répercussions de l'ENSO sont les plus remarquables. En Colombie-Britannique, les épisodes d'El Niño entraînent un réchauffement (de 0,4° à 0,7 °C) et une baisse des précipitations, comparativement aux épisodes de La Niña qui se caractérisent par des conditions plus fraîches et plus humides (Climate Impacts Group, 2006). L'oscillation décennale du Pacifique, de périodicité plus longue (environ 20 ans à 30 ans), a un effet comparable à l'ENSO sur la variabilité du climat, mais exerce son effet aux latitudes moyennes du nord-est du Pacifique (Mantua et al., 1997). Sa phase positive (chaude) se caractérise par le réchauffement des eaux côtières dans le nord-est du Pacifique. Elle est associée à du temps légèrement plus chaud dans toute la Colombie-Britannique en hiver et au printemps, et à des effets variables sur les précipitations. La phase négative du PDO exerce un effet opposé, entraînant des conditions plus froides et humides. Le passage d'une phase de PDO à l'autre provoque des modifications importantes des régimes du climat et de l'océan, modifications dont les effets se font sentir sur les vents et les tempêtes, ainsi que sur la température et les courants de l'océan (Bond et Harrison, 2000; McPhaden et Zhang, 2002). Le PDO est passée d'une phase négative (froide) à une phase positive (chaude) en 1976 (Hare et Mantua, 2000) et, exception faite de la fin des ann ées 1980 et du début des années 2000, s'y est maintenue.

Ces deux régimes de variabilité du climat sont liés, puisque le PDO amplifie ou atténue les effets de l'ENSO (Gershunov et Barnett, 1998; Biondi et al., 2001), ce qui a une incidence non seulement sur la température et les précipitations, mais également sur l'accumulation annuelle de neige, le débit fluvial, les jours propices à la croissance, les périodes sans gel, les vents, les niveaux saisonniers de la mer et les ondes de temp ête. Les effets du PDO et de l'ENSO sur l'ouest de l'Amérique du Nord sont très répandus et ont fait l'objet de nombreux articles (p. ex., Fleming et al., 2006; Stahl et al., 2006; Wang et al., 2006).

Une bonne compréhension de ces moteurs de la variabilité du climat en Colombie-Britannique s'impose dans le cas d'un grand nombre de types de planification. Le plus important est peut-être le fait que les moyennes climatiques à court terme (30 ans) ne permettent pas de se rendre compte de l'ampleur de la variabilité induite par le PDO. Deuxièmement, l'ampleur de l'influence de l'ENSO fait que les prévisions climatologiques saisonnières peuvent servir aux fins de planification opérationnelle d'une année à l'autre (American Meteorological Society, 2001). On dispose présentement pour quelques régions et certaines saisons de telles prévisions basées sur des relations statistiques avec les régimes de variabilité du climat 6.  Ces prévisions peuvent contribuer aux évaluations du risque en matière d'incendies de forêt, de sécheresses, d'approvisionnement et de besoins en eau et en énergie, d'enlèvement de la neige, d'inondations et de conditions hydrologiques. Elles constituent en outre une amélioration importante par rapport à l'utilisation des seules informations historiques. On estime que l'utilisation des prévisions saisonnières dans la planification de la gestion des réservoirs hydroélectriques sur le Columbia pourrait faire augmenter les revenus annuels d'une moyenne de 153 millions de dollars (Hamlet et al., 2002).

Paléoenregistrements de la variabilité et du changement du climat

Des archives naturelles comme les sédiments des lacs et des océans, les anneaux de croissance des arbres, les glaciers et le relief du paysage donnent des indications sur la variabilit é du climat et l'histoire environnementale de la Colombie-Britannique avant le début des mesures prises à l'aide d'instruments. Des recherches paléoclimatologiques intensives ont été menées en Colombie-Britannique. Selon des revues récentes, après une période de climat sec et froid vers la fin de la dernière glaciation, il y a environ 12 500 ans, le climat de la Colombie-Britannique s'est réchauffé rapidement, de 5 ºC en seulement un siècle ou deux (Hebda et Whitlock, 1997; Walker et Pellatt, 2003). Par la suite, trois grandes p ériodes climatiques se sont succédé :

  1. un climat chaud et sec datant d'il y a environ 10 000 à 7 400 ans;
  2. un climat chaud et humide il y a 7 400 à 4 400 ans;
  3. un climat plus froid, semblable au climat contemporain, il y a environ 4 400 ans.

À cette histoire du climat à long terme vient se superposer un régime complexe de variabilité du climat qui comprend :

  1. des changements d'ordre climatique abrupts (Gedalof et Smith, 2001; Chang et al., 2003; Chang et Patterson, 2005; Zhang et Hebda, 2005);
  2. des périodes de sécheresse intense et persistante (Gedalof et al., 2004; Watson et Luckman, 2004, 2005);
  3. des rapports fluctuants entre l'ENSO, le PDO et le climat de la Colombie-Britannique (Gedalof et al., 2002, 2004; Watson et Luckman, 2005)
  4. des périodes multiples d'avancée et de recul des glaciers de montagne (Ryder et Thomson, 1986; Luckman, 2000; Larocque et Smith, 2003, 2004; Koch et al., 2004; Lewis et Smith, 2004) L'étude des glaciers révèle notamment que le taux de réchauffement actuel est sans précédent depuis 8 000 ans (Menounos et al., 2004).

Mis ensemble, ces enregistrements révèlent la nature dynamique du climat de la Colombie-Britannique et la forte probabilit é que l'on s'attende à des « surprises » climatiques dans l'avenir. En ce qui concerne l'évaluation du changement climatique à venir, trois grandes leçons se dégagent de ces paléoenregistrements :

  • Des changements climatiques soudains, semblables au changement de 1976, se sont manifestés souvent par le passé, tout comme des changements soudains de la circulation océanique.
  • L'influence des régimes à grande échelle de la variabilité du climat (p. ex., ENSO et PDO) en Colombie-Britannique ne semble pas avoir été constante au cours des derniers siècles. En conséquence, les données recueillies à l'aide d'instruments ne reflètent probablement pas la pleine mesure de la variabilité du système climatique, qui peut répondre de façon imprévue à des changements de forçages.
  • Les sécheresses intenses et durables ont été plus fréquentes au cours des derniers siècles que dans les dernières décennies. Par conséquent, on peut s'attendre à ce qu'il s'en produise d'autres dans les années à venir, qu'il y ait changement climatique ou non.

2.2 TEMPÉRATURE ET PRÉCIPITATIONS

Tendances passées

Bien que l'on dispose de quelques enregistrements climatologiques à long terme obtenus à l'aide d'instruments pour la Colombie-Britannique, la plupart des stations n'ont pas été mises en service avant 1950, ce qui représente un défi de taille si l'on veut dégager de ces données des tendances à long terme. La densité du réseau actuel de stations météorologiques (voir la figure 1) n'est d'ailleurs pas assez importante pour permettre de décrire avec précision le climat très variable de la Colombie-Britannique (Miles and Associates, 2003). Toutefois, quelle que soit la longueur de l'enregistrement, toutes les tendances révèlent que le climat de la Colombie-Britannique s'est réchauffé de façon importante au cours des dernières décennies (Zhang et al., 2000; BC Ministry of Water, Land and Air Protection, 2002; Whitfield et al., 2002a; BC Ministry of Environment, 2006). Des enregistrements de plus longue dur ée semblent indiquer que les changements de la température et des précipitations dans le sud de la Colombie-Britannique et dans une grande partie de la région du nord-ouest au cours du XXe siècle ont été supérieurs aux moyennes planétaires (Zhang et al., 2000; Mote, 2003a, c). Dans la plus grande partie de la province, on a remarqué le réchauffement tant de la température moyenne annuelle que de toutes les saisons en général (voir le tableau 1), bien qu'on constate de grands écarts régionaux et saisonniers dans les tendances (Whitfield et al., 2002a). Les tendances des précipitations annuelles et saisonnières varient également selon les régions (voir tableau 2).

 

TABLEAU 1 : Tendances passées de la température dans le nord, dans le sud et sur la côte de la Colombie-Britannique.
Région Extrêmes Saisonnière Annuelle
C.-B. Augmentation des chaleurs extrêmes1; diminution du nombre de journées et de nuits de froid extrême, diminution du nombre de journées de gel et augmentation du nombre de journées et de nuits de chaleur extrême2; Allongement de la période sans gel3 Températures quotidiennes minimales et maximales plus élevées en toutes saisons; plus grand réchauffement au printemps et en hiver.3 L'isotherme 0 °C se déplace vers le nord.4
Sud de la C.-B. L'intérieur se réchauffe plus que la côte3 Réchauffement au printemps, à l'automne et en hiver, mais pas en été 5, 6  
Nord de la C.-B.   Hivers plus doux, automnes plus frais7 Élévation de la température moyenne annuelle5
Côte de la C.-B. La côte se réchauffe moins que l'intérieur3 Réchauffement au printemps et à l'automne8; réchauffement de la région du bassin de Georgia-détroit de Puget en toutes saisons, en particulier au cours des 30 dernières années9  

Bonsal et al. (2001)
Vincent et Mekis (2006)
Pour la période de 1950 à 2003 (B. Taylor,  Environnement Canada, communication personnelle, 2007)
Bonsal et Prowse (2003)
Zhang et al. (2000)
Whitfield et al. (2002a)
Whitfield et al. (2003)
Whitfield and Taylor (1998)
Mote (2003a)

 

TABLEAU 2 : Tendances passées des précipitations dans le nord, dans le sud et sur la côte de la Colombie-Britannique.
Région Extrêmes Neige / Pluie Précipitations annuelles totales Précipitations saisonnières annuelles
C.-B. Augmentation du nombre de jours avec précipitations, diminution du nombre de jours secs consécutifs, diminution de la moyenne des précipitations quotidiennes. Aucun changement constant dans les extrêmes1 Diminution du rapport de la neige aux précipitations totales (plus de pluie, moins de neige durant la saison froide)2 Légèrement plus humide2, 3  
Sud de la C.-B. Augmentation de l'humidité des périodes de l'hiver Diminution des chutes de neige annuelles au cours des 50 dernières années 1; rapport de la pluie à la neige (plus de pluie, moins de neige) dans l'Okanagan4; diminution de l'accumulation de neige annuelle au printemps et à faible altitude 5, 6, 7 Plus humide au XXe siècle, l'augmentation ayant surtout eu lieu avant 19458 Plus humide au printemps, été et à l'automne3; plus sec l'hiver, plus humide l'été dans l'Okanagan4;plus sec en hiver dans l'intérieur2
Nord de la C.-B.   Augmentation des chutes de neige depuis les années 19501   Plus humide en toutes saisons3
Côte de la C.-B.   Moins de neige en général, plus de 40 p.100 à certains sites5; plus grande perte de neige sur la côte sud; plus d'endroits sans neige le 1er avril   Plus humide en hiver (plus de pluie)9, sauf dans le bassin de Georgia (aucune tendance de novembre à mars)

Vincent et Mekis (2006)
Pour la période de 1950 à 2003 (B. Taylor, Environnement Canada, communication personnelle, 2007)
Zhang et al. (2000)
Whitfield et Cannon (sous presse)
Mote (2003a)
Mote (2003b)
Mote et al. (2005)
Mote (2003c)
Whitfield et Taylor (1998)

Projections

Des modèles de circulation générale (MCG) servent à prédire les climats futurs au moyen de scénarios plausibles des émissions de gaz à effet de serre et de modèles physiques du climat qui incluent des composantes représentant l'atmosphère, les océans, les glaciers et la surface terrestre (voir également le  chapitre 2). Le recours à un grand nombre de projections et de modèles permet de cerner les incertitudes et de produire une gamme de futurs possibles.

Dans le cas de la Colombie-Britannique, on a défini, aux fins de la présente évaluation, trois grandes régions de scénarios (nord, sud et côte) basées sur de grandes mailles (environ 100 km2) de MCG. Les scénarios pour les années 2020, 2050 et 2080 sont affichés sous la forme de changements par rapport aux moyennes climatologiques pour la p ériode de 1961 à 1990 en ce qui concerne la température (voir la figure 7a) et les précipitations (voir la figure 7b). Les scénarios de précipitations par saison7 pour la Colombie-Britannique semblent indiquer que les conditions seront plus humides en hiver et au printemps sur presque toute la province, mais plus sèches en été dans le sud et sur la côte.

FIGURE 7 : Changements prévus pour les années 2020, 2050 et 2080, par rapport au climat de 1961 à 1990, pour a) la température (°C) et b) les précipitations (%). Voir l'annexe 1 au chapitre 2 pour la description des tracés en rectangle et en moustaches.

FIGURE 7 : Changements prévus pour les années 2020, 2050 et 2080, par rapport au climat de 1961 à 1990, pour a) la température (°C) et b) les précipitations (%). Voir l'annexe 1 au chapitre 2 pour la description des tracés en rectangle et en moustaches.

Cliquez pour agrandir

 

Il est possible d'obtenir des scénarios de résolution spatiale à plus grande échelle au moyen de modèles climatiques régionaux (MCR). Par contre, les coûts de calcul limitent généralement les MCR à un plus petit nombre de scénarios que l'on en a présentés ci-dessus. Les études par réduction d'échelle, comme le programme ClimateBC (University of British Columbia, n.d.) qui fait appel à des données historiques et d'élévation à haute résolution pour produire des prévisions statistiques, offrent également une meilleure résolution spatiale (voir la  section 3.6 pour l'application aux adaptations adoptées dans les parcs; Hamann et Wang, 2005).

2.3 PHÉNOMÈNES MÉTÉOROLOGIQUES EXTRÊMES ET PHÉNOMÈNES LIÉS AU CLIMAT

Plus que tout autre risque climatique, ce sont les phénomènes météorologiques extrêmes et autres phénomènes qui les accompagnent qui touchent plus directement les habitants de la Colombie-Britannique. Les temp êtes de vent, les incendies de forêt, les ondes de tempête, les glissements de terrain, les tempêtes de neige, la grêle et les inondations ont tous d'importantes répercussions sur les collectivités, les infrastructures et l'industrie (Hamlet, 2003; Sandford, 2006). La section 4 traite des répercussions des divers phénomènes extrêmes d'ordre climatique ainsi que des étapes pouvant mener à l'adaptation à ces phénomènes (voir également  sections 3.7 et 3.8). On signale dans le monde entier une augmentation des ph énomènes météorologiques extrêmes, et les modèles climatiques prévoient que leur fréquence continuera d'augmenter (Easterling et al., 2000; Milly et al., 2002; Palmer et Rälsänen, 2002; Schumacher et Johnson, 2005). Dans l'ouest de l'Amérique du Nord, les incendies de forêt sont devenus plus fréquents et plus violents avec le récent réchauffement du climat (Gedalof et al., 2005; Westerling et al., 2006) et on prévoit que cette tendance se maintiendra dans l'ouest du Canada (Gillett et al., 2004; Flannigan et al., 2005).

Le programme provincial d'intervention en cas d'urgence (BC-Provincial Emergency Program, ou BC-PEP) de la Colombie-Britannique tient un registre des phénomènes météorologiques extrêmes qui causent des pertes économiques et personnelles consécutives à des dommages aux infrastructures. De 2003 à 2005, la fréquence, la gravité et les coûts des phénomènes extrêmes qui figurent au registre du BC-PEP ont considérablement augmenté en raison des feux de forêt, des ondes de tempête, des sécheresses et des pluies abondantes qui ont entraîné des inondations et des glissements de terrain. Les hivers plus chauds donnent lieu à des embâcles, à des pluies verglaçantes et à des épisodes de pluie sur neige qui entraînent également des pertes économiques. Ces phénomènes coûtent aux contribuables de la Colombie-Britannique 86 millions de dollars par année en moyenne sous la forme d'aide financière en cas de catastrophes, comparativement à une moyenne de 10 millions de dollars par année de 1999 à 2002 (Whyte, 2006). Cette augmentation concorde avec l'accroissement des risques associés aux phénomènes d'ordre météorologique selon la Base de données canadienne sur les désastres (McBean et Henstra, 2003; Sécurité publique Canada, 2006).

2.4 HYDROLOGIE

Les changements hydrologiques régionaux sont liés aux tendances de la température et des précipitations (voir les tableaux 2 et 3; et les sections 3.1 et 4.3). D'importantes élévations de la température ont entraîné une réduction de l'accumulation annuelle de neige même dans les bassins alimentés surtout par la fonte des neiges où les précipitations nettes ont augmenté (Mote, 2003a, b; Stewart et al., 2004). La réduction de l'accumulation annuelle de neige a une incidence sur le volume et le moment où les débits fluviaux atteindront leurs maximums; la couverture de glace d'un grand nombre de lacs et de rivières persiste moins longtemps (BC Ministry of Water, Land and Air Protection, 2002) et fond plus t ôt au printemps (Bonsal et al., 2001). La glace d'un grand nombre de rivières de la Colombie-Britannique fond maintenant plus tôt (Zhang et al., 2001a), une tendance qui va se maintenir selon les projections du climat (Barnett et al., 2005). Un autre phénomène qui a des répercussions importantes sur l'hydrologie de la région est la fonte rapide des glaciers alpins dont un bon nombre pourrait disparaître dans les 100 prochaines années (voir l'encadré 1).

 

TABLEAU 3 : Tendances régionales de l'écoulement des cours d'eau en Colombie-Britannique.
Lieu Tendance des cours d'eau
Tendances provinciales
  • Décalages des débits et des transitions saisonnières1
  • Avancement du ruissellement du printemps2, 3
  • Élévation de la température des rivières4
Côtes
  • Augmentation des débits en hiver5, 6
  • Diminution des débits à la fin de l'été5
Nord
  • Augmentation du débit toute l'année, en particulier l'hiver7
Sud
  • Allongement de la période de débits faibles à la fin de l'été et au début de l'automne1
  • Allongement des périodes de débit faible1
  • Augmentation des débits au début de l'hiver (intérieur sud)1

Leith et Whitfield (1998)
Whitfield et al. (2003)
Zhang et al. (2000)
BC Ministry of Water, Land and Air Protection (2002)
Whitfield and Taylor (1998)
Whitfield et al. (2002b)
Whitfield et Cannon (2000)

ENCADRÉ 1

Glaciers de la Colombie-Britannique : une ressource naturelle qui s'amenuise

Les glaciers sont une source importante d'eau douce dans l'Ouest canadien, puisque le ruissellement glaciaire alimente les cours d'eau, atténue les variations des températures de nombreuses rivières de l'Ouest canadien (Fleming, 2005; Fleming et Clark, 2005; Moore, 2006) et vient s'ajouter au ruissellement de surface durant l'été lorsque les écosystèmes aquatiques sont très vulnérables et que l'utilisation de l'eau est à son point maximum. Par exemple, dans le bassin du Columbia, 10 p.100 à 20 p.100 du volume annuel et 50 p.100 du volume d'été proviennent des glaciers (Brugman et al., 1996).

En 2005, les glaciers recouvraient 3 p.100 de la Colombie-Britannique (30 000 km2) et reculaient à une vitesse sans précédent depuis 8 000 ans (Lowell, 2000). La plupart des glaciers alpins de la Colombie-Britannique fondent rapidement et un grand nombre pourrait même disparaître d'ici 100 ans. Les données sur la vitesse et l'ampleur du recul des glaciers sont importantes aux fins de gestion et de planification des ressources hydriques n écessaires à la consommation humaine, à l'irrigation, à l'industrie et à la production d'hydroélectricité ainsi qu'aux besoins des écosystèmes fluviaux. On s'attend à ce que le changement climatique et l'augmentation de la demande en eau aggravent les déséquilibres actuels entre la demande et l'approvisionnement (Environnement Canada, 2004). La baisse des débits estivaux due à une réduction de la fonte des glaciers, combinée à l'utilisation croissante de l'eau pour l'irrigation et la production d'énergie à des fins de climatisation en été, représente l'un des défis les plus importants au chapitre des ressources hydriques en Colombie-Britannique, une province qui semble pourtant riche en eau.

L'analyse pour la totalité de la région nord-ouest révèle que les tendances passées des débits fluviaux se maintiendront dans les années à venir et que la glace de nombreuses rivières fondra 30 à 40 jours plus tôt d'ici à 2100 (Stewart et al., 2004). La hausse des températures et des précipitations fera réduire l'accumulation annuelle de neige et augmenter le ruissellement en hiver dans la plus grande partie de la Colombie-Britannique (Hamlet et Lettenmaier, 1999; Mote et Hamlet, 2001). La réduction de l'accumulation annuelle de neige et l'avancement de la fonte, combinés à une augmentation de l'évapotranspiration, feront en sorte que les cours d'eau atteindront leur débit de pointe plus tôt au printemps et que l'écoulement baissera d'avril à septembre. Par exemple, d'ici à 2045, dans le bassin du Columbia, le ruissellement d'avril à septembre pourrait diminuer de 10 p.100 à 25 p.100 selon une simulation réalisée à l'aide d'un cas de référence hydrologique (Hamlet et Lettenmaier, 1999). Ces répercussions sur l'hydrologie toucheront plusieurs secteurs économiques clés de la Colombie-Britannique, dont la production d'hydroélectricité (voir la section 3.7), les pêches (voir la section 3.2) et l'agriculture (voir la  section 3.4).

Le changement climatique a également une incidence sur les réseaux d'eaux souterraines, en particulier dans les aquifères peu profonds (Rivera et al., 2004). Même de petits changements de la température et du niveau de précipitations exercent un effet sur le taux de recharge des eaux souterraines et sur la hauteur de la nappe d'eau (p. ex., Changnon et al., 1988; Zektser et Loaiciga, 1993). Une réduction de l'écoulement fluvial aura un effet fâcheux à la fois sur la recharge et sur la décharge des eaux souterraines (Scibek et Allen, 2006). Comme la décharge des eaux souterraines a pour effet de modérer les températures des cours d'eau, une réduction en été de cette décharge provoquerait une élévation de la température des eaux de surface encore plus importante que si elles n'étaient réchauffées que par l'air ambiant. Dans les régions côtières, le changement climatique aura également des répercussions sur la qualité des eaux souterraines en raison de l'infiltration d'eau salée consécutive à l'élévation du niveau de la mer (p. ex., Lambrakis et Kallergis, 2001; Yin, 2001).

2.5 NIVEAU DE LA MER

À l'échelle de la planète, l'élévation du niveau eustatique moyen de la mer a été de 10 cm à 20 cm au cours du XXe siècle, et on s'attend à ce qu'il monte encore de 18 cm à 59 cm d'ici à 2100 en raison, surtout, de la fonte des glaciers et des inlandsis, et aussi de la dilatation thermique résultant du réchauffement de l'eau de mer (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, 2007). Toutefois, la tendance de l'élévation du niveau relatif de la mer en Colombie-Britannique diffère de cette tendance planétaire à cause des déplacements verticaux des terres. Au cours du XX e siècle, le niveau de la mer a monté de 4 cm à Vancouver, de 8 cm à Victoria et de 12 cm à Prince Rupert, et baissé de 13 cm à Tofino (BC Ministry of Water, Land and Air Protection, 2002). L'élévation du niveau de la mer est un problème important en Colombie-Britannique, car elle a une incidence sur les infrastructures c ôtières comme les routes, les réseaux d'égouts et les terminaux maritimes, de même que sur l'aéroport international de Vancouver. À titre d'exemple, une élévation arbitraire de 1 m du niveau de la mer aurait pour résultat d'inonder plus de 4 600 ha de terres agricoles et plus de 1 500 ha de zones urbaines à caractère industriel et résidentiel en Colombie-Britannique (Yin, 2001). Environ 220 000 personnes habitent dans des r égions situées à proximité ou sous le niveau de la mer à Richmond et à Delta dans le District régional du Grand Vancouver; elles sont protégées par un réseau de digues long de 127 km et conçu de façon à faire face à l'élévation du niveau de la mer (B. Kangasneimi, BC Ministry of Environment, communication personnelle, 2007). Bien des collectivit és côtières éloignées et des sites patrimoniaux des Premières nations sont vulnérables à une érosion accrue et à des inondations attribuables aux ondes de tempête, elles-mêmes liées à l'élévation du niveau marin. Enfin, la hausse du niveau de la mer peut entraîner l'infiltration d'eau salée dans les aquifères d'eau douce et ainsi avoir une incidence sur la qualité et la quantité des approvisionnements en eau potable et d'irrigation (Liteanu, 2003; Allen, 2004).

Sur la côte de la Colombie-Britannique, la hauteur atteinte par les épisodes de hauts niveaux d'eau extrêmes causant des dommages augmente plus rapidement que l'élévation du niveau de la mer (p. ex., 22 cm à 34 cm par siècle à Prince Rupert, 16 cm par siècle à Vancouver; BC Ministry of Water, Land and Air Protection, 2002; Abeysirigunawardena et Walker, sous presse). À Tofino, où le niveau relatif de la mer a baissé, les phénomènes de hauts niveaux extrêmes n'ont guère varié. Les niveaux marins extrêmes, les ondes de tempête et l'érosion côtière accrue sont fortement influencés par l'ENSO et le PDO (Storlazzi et al., 2000; Dingler et Reiss, 2001; Allan et Komar, 2002; Abeysirigunawardena et Walker, sous presse). Les niveaux d'eau extrêmes ont beaucoup monté depuis que le PDO est entré dans une phase positive en 1976 (Abeysirigunawardena et Walker, sous presse). Lors des épisodes El Niño de 1982-1983 et de 1997-1998, le niveau de la mer a monté jusqu'à 100 cm au-dessus de la moyenne, de la Californie à l'Alaska (Subbotina et al., 2001), et des vagues plus violentes ont entraîné une érosion côtière et des dommages aux infrastructures importants (Storlazzi et al., 2000; Allan et Komar, 2002). Sur la côte nord de la Colombie-Britannique, le niveau de la mer a monté de 10 cm à 40 cm au-dessus des hauteurs saisonnières en 1997-1998, occasionnant une importante érosion par endroits (Crawford et al., 1999; Barrie et Conway, 2002).

2.6 ÉCOSYSTÈMES

Le changement climatique a également un effet sur la répartition des écosystèmes et sur la biodiversité (voir les sections 3.2, 3.3, and 3.6). Plusieurs thèmes ressortent d'une vaste gamme d'études :

  • On a assisté par le passé à de brusques modifications de l'abondance et de la répartition du saumon du Pacifique, de la sardine, de l'anchois, du dendroctone du pin ponderosa et du cèdre rouge de l'Ouest en réaction à des changements d'ordre climatique relativement mineurs (Robinson et Ware, 1994; Hebda, 1999; Ware et Thomson, 2000; Brown et Hebda, 2002, 2003; Wright et al., 2005). De telles modifications pourraient avoir d'importantes répercussions sociales et économiques (voir les  sections 3.2 et 3.3).
  • On s'attend à de grands changements des aires de répartition des espèces (Royal BC Museum, 2005a), qui amèneraient celles-ci à l'extérieur de leurs aires de répartition actuelles (Shafer et al., 2001). Chaque espèce réagira à sa façon, et les communautés végétales résultantes pourraient ne plus ressembler aux communautés actuelles (Brubaker, 1988; Gavin et al., 2001).
  • Bon nombre d'habitats spécialisés de la Colombie-Britannique (p. ex., écosystèmes alpins, déserts, steppe froide) diminueront en étendue et deviendront plus fragmentés (Shafer et al., 2001).
  • La capacité du réseau de zones protégées de la Colombie-Britannique de maintenir la biodiversité sera mise à l'épreuve, car des barrières naturelles (eau, montagne) et anthropiques (fragmentation du paysage) feront obstacle à la migration de nombreuses espèces (voir la section 3.6 ; Overpeck et al., 1991; Dyer, 1995; Lemieux et Scott, 2005 ).
  •  La fréquence et la violence des feux de friche augmenteront dans les décennies à venir (Flannigan et al., 2001; Gillett et al., 2004; Gedalof et al., 2005; Westerling et al., 2006), situation susceptible de représenter une menace pour certains écosystèmes, tandis que d'autres (p. ex., le chêne de Garry et autres forêts de pin ponderosa), qui se régénèrent habituellement après un incendie, pourraient étendre leur aire de répartition (Agee, 1993; McKenzie et al., 2004).
  • On s'attend à ce que les grandes infestations de ravageurs, comme le dendroctone du pin ponderosa et le dendroctone de l'épinette, se poursuivent et gagnent du terrain à mesure que la planète se réchauffe. Cet état de choses menace de plus en plus des espèces croissant en altitude, comme le pin à blanche écorce et le pin gris dans tout l'Ouest canadien (voir la  section 4.2 ; Logan et Powell, 2001).

2.7 RÉSUMÉ

Les principales conclusions sur le changement climatique actuel et futur en Colombie-Britannique sont les suivantes :

  • Les changements majeurs de la variabilité et des extrêmes du climat sont inhérents au système et devraient se poursuivre. Le changement climatique survenu au cours du XXe siècle en Colombie-Britannique a dépassé la plupart des tendances planétaires, tout en faisant preuve d'une grande variabilité régionale.
  • Des régimes de variabilité à grande échelle, dont l'ENSO et le PDO, ont une forte influence sur le climat de la Colombie-Britannique. Les phénomènes météorologiques extrêmes qui leur sont associés sont à la hausse, de même que les coûts des dommages qu'ils entraînent.
  • La hausse des températures a provoqué une diminution de l'accumulation annuelle de neige à bien des endroits, en particulier en basse altitude.
  • Les glaciers de la Colombie-Britannique reculent à une vitesse sans précédent depuis 8 000 ans, ce qui aura une incidence sur les besoins actuels et futurs en eau et en énergie, sur le secteur agricole et sur les écosystèmes aquatiques.
  • Des reconstitutions de la végétation révèlent que chaque espèce végétale réagit à sa façon au changement climatique. Les changements écologiques à venir seront complexes et se manifesteront peut-être rapidement.
  • Les températures de la Colombie-Britannique pourraient s'élever de 2°C à 7°C d'ici à 2080. Parmi les répercussions biophysiques figureront une élévation du niveau de la mer, un changement de la fréquence et de l'ampleur des précipitations et des phénomènes extrêmes, de grands changements au niveau de l'hydrologie et une restructuration des écosystèmes.
  • Des prévisions climatiques saisonnières qui tiennent compte des effets de l'ENSO et du PDO sont utiles aux fins de planification opérationnelle d'année en année, mais elles sont présentement sous-utilisées.
  • Les enregistrements obtenus à l'aide d'instruments qui servent à calculer les normales et tendances climatiques, et les probabilités de manifestation de phénomènes extrêmes (inondation, sécheresse, tempête) couvrent souvent une période trop courte, présument que les conditions sont immuables et, par conséquent, ne conviennent pas vraiment à bon nombre d'objectifs de planification.

6Les prédictions météorologiques saisonnières sont offertes par divers organismes et accessibles sur Internet.
7Voir <http://www.PacificClimate.org> [consultation : 18 mai 2007].