Synthèse - Prairies

Les principaux risques et possibilités liés au changement climatique dans les provinces des Prairies tiennent au climat sec et variable, aux hausses de temp érature projetées qui sont plus élevées que partout ailleurs dans le sud du Canada, à la sensibilité des ressources en eau, des écosystèmes et des économies primaires aux variations saisonnières et interannuelles du climat, en particulier les larges écarts (p. ex., les sécheresses) par rapport aux conditions normales. La croissance économique rapide que ces provinces ont connue récemment, particulièrement l'Alberta, l'exode des populations rurales vers les villes ainsi que la présence sur leur territoire de la majorité des paysages agricoles et des terres irriguées du Canada sont également des facteurs importants qui ont une influence sur la vulnérabilité dans les Prairies. Après avoir évalué la vulnérabilité de la région, on peut tirer les conclusions suivantes :

  • Les changements climatiques prévus dépasseront la plage de variabilité naturelle du passé récent.

L'importante tendance récente au réchauffement, dont fait état aussi bien les données de substitution que celles recueillies à l'aide d'instruments, concorde avec les prévisions provenant des modèles de circulation générale (MCG). Sauf dans le cas de quelques scénarios correspondant aux années 2020, tous les modèles prévoient des climats qui sortent de la plage de variabilité naturelle connue et constatée au XX e siècle. L'évaluation, par les auteurs, des sensibilités et des vulnérabilités des ressources naturelles et des activités humaines révèle que l'accroissement projeté de la variabilité climatique et de la fréquence des événeements météorologiques extrêmes constituent, pour les provinces des Prairies, le danger le plus important associ é au changement climatique. Les extrêmes climatiques, en particulier les sécheresses, poseront un défi de taille à l'adaptation et feront en sorte que le changement climatique sera moins apte à présenter des possibilités. Les modèles climatiques sont incapables de reproduire les phénomènes extrêmes et la variabilité hydroclimatique de façon aussi fiable qu'ils le font lorsqu'il s'agit de simuler les tendances à venir et la variabilité de la température. Les épisodes climatiques les plus coûteux de l'histoire canadienne ont été des sécheresses dans les Prairies. Les inondations sont un autre type d'épisode climatique coûteux auquel sont associés des répercussions pouvant avoir une incidence sur la santé, comme les proliférations de maladies d'origine hydrique, le stress et l'anxiété. La répétition, tout au long de l'histoire, des impacts sociaux et économiques des sécheresses semble indiquer que des sécheresses futures extrêmement graves ou de longue durée seront les éléments du changement climatique et de la variabilité les plus susceptibles de taxer au-delà de ses limites la capacité des collectivités et de l'industrie des Prairies d'y faire face et de s'adapter.

  • La plupart des économies et des activités ne sont pas encore adaptées à la gamme plus considérable de conditions climatiques prévus.

Un certain degré d'adaptation a déjà eu lieu dans les collectivités et les économies des Prairies en réaction aux conditions climatiques du XXe siècle. Cette courte perspective met en évidence une certaine constance en ce qui a trait au climat et aux ressources; les pratiques et les politiques de gestion des ressources refl ètent donc la perception selon laquelle les apports en eau et les ressources écologiques sont abondants au sein d'un milieu relativement stable. Dans la perspective plus étendue qu'offrent les modèles climatiques et les données paléoenvironnementales ainsi que les changements prévus de la variabilité du climat, de la biodiversité, des régimes de perturbation et de la répartition des ressources en eau et des écoservices, les systèmes futurs de gestion de l'eau et des écosystèmes devront, dans l'avenir, renoncer à l'hypothèse d'un environnement stationnaire.

  • Les principales vulnérabilités liées au changement climatique concernent la disponibilité de l'eau et les répartitions au niveau des écosystèmes.

L'une des projections les plus certaines au sujet de l'hydroclimat futur est qu'on disposera de plus d'eau en hiver et au printemps, alors que les étés seront généralement plus secs, en raison du ruissellement printanier précoce et des pertes par évapotranspiration au cours d'une saison estivale plus longue et plus chaude. Le résultat net sera très probablement une réduction de la quantité d'eau de surface et de l'humidité du sol, mais aussi une plus grande variation d'une saison et d'une année à l'autre. Certaines années, la rareté de l'eau sera une contrainte pour tous les secteurs et toutes les collectivités, phénomène qui pourrait mettre un frein à la rapide croissance économique actuelle, y compris la mise en valeur des sables bitumineux et le recours accru à l'irrigation.

On s'attend à ce que le réchauffement et l'assèchement du climat entraînent des changements importants dans les écosystèmes. Les habitats aquatiques subiront un stress qui touchera diverses espèces de poissons, alors que certaines populations d'oiseaux aquatiques diminueront substantiellement. C'est à proximité des gradients écologiques prononcés, comme dans les montagnes, les îlots de forêt et sur les marges nord et ouest des forêts de conifères, que les changements des écosystèmes terrestres seront les plus visibles. Des végétaux et des animaux non indigènes apparaîtront dans le paysage. Certaines espèces indigènes dépériront ou disparaîtront tout à fait. D'autres espèces augmenteront en nombre, ou leur répartition géographique s'étendra si la connectivité le permet. L'évolution des écosystèmes pourrait rendre plus communes certaines maladies à transmission vectorielle, telles que le virus du Nil occidental et le syndrome pulmonaire à hantavirus.

  • Des hivers plus courts et plus doux offrent à la fois des avantages et des désavantages.

Une grande partie de la hausse prévue des températures et des précipitations aura lieu en hiver et au printemps. Cette situation a plusieurs avantages, dont la r éduction de la demande d'énergie pour le chauffage et de la mortalité due aux froids extrêmes. En revanche, les hivers froids présentent aussi des avantages pour les activités récréatives hivernales, pour le transport sur les lacs et les terrains gelés et, en particulier, pour le stockage de l'eau sous forme de glace et de neige, soit actuellement la source d'eau la plus abondante, la plus fiable et la plus prévisible.

  • L'adaptation planifiée constitue un élément de la gestion adaptative et du développement économique durable.

La croissance des pressions exercées sur les ressources naturelles, conjuguée au modèle actuel de développement durable, a donné naissance dans tous les secteurs à des politiques et à des processus qui ont un rapport avec l'adaptation planifiée dans le cadre du changement climatique. Parmi les moyens d'action et de gestion utiles en place figurent les initiatives des communautés durables, le renouvellement des infrastructures, la planification agroenvironnementale à la ferme, les conseils de gestion des bassins hydrographiques et les principes de gestion adaptative des for êts et de gestion intégrée des ressources en eau. Étant donné l'urbanisation rapide en Alberta et le dépeuplement général des régions rurales dans la totalité des Prairies, les stratégies de croissance urbaine durable et de soutien des économies rurales doivent inclure l'évaluation des risques et des possibilités liés aux phénomènes climatiques dans le cas de divers secteurs de la population et de diverses économies rurales. Par exemple, les répercussions du changement climatique sur les ressources naturelles, en particulier les apports en eau, auront une forte incidence sur le d éveloppement économique des régions rurales.

  • La capacité d'adaptation varie entre moyenne et élevée dans les provinces des Prairies, mais elle est répartie inégalement et doit être mobilisée si l'on veut réduire le niveau de vulnérabilité.

Une évaluation des éléments déterminants classiques de la capacité d'adaptation (capital naturel et humain, infrastructures, technologie, etc.) semble indiquer que cette capacit é est relativement élevée dans les Prairies. En effet, les antécédents de ces provinces en matière d'adaptation à un climat rigoureux et variable ont permis au secteur agricole d'acquérir une capacité d'adaptation considérable; celui-ci peut maintenant se fier sur ces antécédents pour s'adapter aux menaces à sa productivité. Les politiques et pratiques de gestion ont été ajustées en raison, par exemple, de la détérioration des sols, des barrières commerciales et des changements dans les marchés d'exportation et les subventions au transport. L'histoire du secteur agricole des Prairies a été jusqu'à présent un processus continu d'adaptation et de protection contre les sécheresses qui a fait intervenir des innovations et des améliorations sur le plan de la gestion de l'eau, des sols, des cultures et des pâturages. Des sécheresses plus graves mettront à l'épreuve cette capacité d'adaptation acquise.

La capacité d'adaptation moyenne à élevée d'autres secteurs peut être attribuée à des stratégies de gestion des risques et à des pratiques de gestion adaptatives, bien que ces mécanismes n'aient généralement pas fait leurs preuves face au changement climatique. Les obstacles à l'adaptation peuvent être, entre autres, le manque de capacités financières, le manque de compréhension, chez les gestionnaires, des conséquences du changement climatique et les politiques en place, qui peuvent prévenir la mise en œuvre de mesures d'adaptation.

La capacité d'adaptation est répartie inégalement sur le territoire ainsi qu'entre les segments de la société en raison de leurs situations sur les plans démographique et de la santé et des facteurs régionaux, socio-économiques et culturels. Dans les provinces des Prairies, les populations les plus vuln érables sont les personnes âgées, les enfants, les gens déjà atteints de troubles médicaux, ceux dont le statut socio-économique est médiocre ou qui sont sans abri, les petits agriculteurs et les Autochtones. Les personnes âgées, les Autochtones et les immigrants sont les segments de la population qui croissent le plus rapidement et qui sont parmi les plus vuln érables aux répercussions sur la santé. La vulnérabilité économique précède souvent les conséquences délétères dues aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Les inégalités actuelles de la répartition géographique des personnes et des ressources – la population et la richesse étant concentrées en Alberta – seront probablement amplifiées par le changement climatique. Le stress économique et social lié à ce dernier pourrait favoriser d'autres migrations de la campagne vers les villes et vers les régions possédant le plus de ressources. L'exode des populations rurales vers les grands centres urbains nuit à la viabilité des collectivités rurales et peut imposer aux villes des pressions sociales supplémentaires. Les collectivités rurales, en particulier les collectivités isolées et caractérisées par un manque de diversité économique, sont les plus à risque en raison de leur faible capacité d'intervention en cas d'urgence et de leur dépendance envers des secteurs économiques sensibles au climat (agriculture et industrie forestière). Les collectivités rurales autochtones subiront les mêmes stress, en plus des menaces touchant les ressources sur lesquelles leur subsistance est basée.

Les institutions officielles et non officielles agissent ensemble pour soit soutenir, soit nuire à la capacité de faire face aux défis planétaires comme le changement climatique. Les efforts déployés pour améliorer la capacité d'adaptation doivent tenir compte des facteurs institutionnels en place. Dans la mesure où les institutions de gouvernance organisent les relations entre l'État et la société civile, elles sont essentielles au développement de la capacité d'adaptation. Le capital social peut servir à mobiliser les ressources pour assurer le bien-être des personnes, des groupes et des collectivités, et jouer un rôle particulièrement important lorsqu'il s'agit de composer avec les incertitudes et les déséquilibres créés par le changement climatique, car il peut compléter, voire remplacer, les efforts des gouvernements. Les quelques études disponibles montrent que les personnes dont le capital social est grand sont en moyenne plus inform ées et plus optimistes à l'égard des problèmes liés au changement climatique et à la qualité de l'eau, et mieux en mesure d'agir.