Synthèse - Ontario

Le changement climatique présente des défis pour les systèmes écologiques, sociaux et économiques de l'Ontario. Dans de nombreuses parties de la province, les modifications du climat ont un effet visible sur les systèmes naturels et humains. Il s'agit entre autres d'un raccourcissement de la durée de la couverture de glace sur les lacs, d'une augmentation de la fréquence de certains phénomènes climatiques extrêmes et de déplacements d'écosystèmes aquatiques et terrestres. Les récentes répercussions sociales et économiques d'un raccourcissement des périodes d'utilisation des routes d'hiver, de l'augmentation du risque de feux de forêt, de la baisse des niveaux d'eau dans les Grands Lacs, des perturbations des activités de tourisme hivernal et de l'augmentation de la fréquence des épisodes de smog, et de chaleur extrême illustrent bien à quel point ces systèmes sont, tout à la fois, sensibles et vulnérables aux types de conditions climatiques dont on prévoit une occurrence plus fréquente au cours des 20 à 50 prochaines années.

Bien que l'ampleur et le moment de survenue du changement climatique prévu varient d'un endroit à l'autre de la province, l'Ontario en subira l'impact dans pratiquement tous les secteurs économiques. Les adaptations face à ces impacts exigeront de tenir compte des conséquences potentielles, tant économiques que sociales et environnementales, du changement climatique et de la probabilité que ces répercussions surviennent au cours de l'horizon de planification. Le tableau 5 résume les principaux impacts négatifs par sous-région et le cadre temporel général au cours duquel on s'attend à ce qu'ils causent des problèmes pour les systèmes sociaux et économiques. Les possibilités offertes par le changement climatique, décrites précédemment dans les sections traitant de l'agriculture, du tourisme de saison chaude et d'autres secteurs, ne figurent pas au tableau, mais il faudra assurer un certain degr é d'adaptation pour pouvoir en tirer avantage au maximum. Bien que, des lacunes importantes persistent sur le plan des connaissances quant à la vulnérabilité des systèmes, on dispose généralement de suffisamment d'information pour déterminer les priorités à moyen et à long termes, et pour mettre en œuvre des actions d'adaptation de type « sans regrets » (voir le chapitre 10).

Sachant que l'adaptation anticipatoire exige le recours à des informations prédictives, la gestion du risque offre une approche pratique et crédible lorsqu'il s'agit de définir les mesures permettant d'atteindre des niveaux de risque acceptables pour la société (Bruce et al., 2006). On trouvera un exemple de la manière dont cette approche, qui repose sur les normes promulguées dans Risk Management : Guidelines for Decision-Makers (gestion des risques : lignes directrices à l'intention des décideurs; Association canadienne de normalisation, 1997), peut être appliquée tout au long d'une séquence d'étapes que l'ouvrage intitulé Adapting to Climate Change : A Risk-based Guide for Ontario Municipalities (s'adapter au changement climatique : guide basé sur les risques à l'intention des municipalités de l'Ontario) définit très précisément (Bruce et al., 2006; voir l'encadré 4).

TABLEAU 5 :

Principaux impacts négatifs du changement climatique et apparition des « problèmes » par sous-région en Ontario.
Stress cumulatifs/région Sous-région
nord centrale sud
Écosystèmes
Poissons Présent à 20 ans Présent à 20 ans Présent à 20 ans
Faune Présent à 20 ans Aucune balise chronologique Présent à 20 ans
Flore Présent à 20 ans Aucune balise chronologique Aucune balise chronologique
Eaux
Qualité 50 à 80 ans 20 à 50 ans Présent à 20 ans
Quantité (pénuries) Aucun impact notable prévu Aucun impact notable prévu Présent à 20 ans
Inondations Présent à 20 ans Présent à 20 ans Présent à 20 ans
Santé
Chaleur Aucun impact notable prévu 20 à 50 ans Présent à 20 ans
Maladies(insectes/vecteurs) 50 à 80 ans 20 à 50 ans Présent à 20 ans
Qualité de l'eau 50 à 80 ans 20 à 50 ans Présent à 20 ans
Qualité de l'air Aucun impact notable prévu 20 à 50 ans Présent à 20 ans
Agriculture
Sécheresse Aucun impact notable prévu Aucun impact notable prévu Présent à 20 ans
Énergie
Demande accrue Aucun impact notable prévu Aucun impact notable prévu Présent à 20 ans
Production en baisse Aucun impact notable prévu Aucun impact notable prévu 20 à 50 ans
Foresterie
Feu Présent à 20 ans Présent à 20 ans Aucun impact notable prévu
Ravageurs et maladies 20 à 50 ans 20 à 50 ans Aucun impact notable prévu
Transports
Routes d'hiver Présent à 20 ans Aucun impact notable prévu Aucun impact notable prévu
Routes asphaltées Aucun impact notable prévu Aucun impact notable prévu 20 à 50 ans
Navigation Aucun impact notable prévu 20 à 50 ans 20 à 50 ans
Tourisme et loisirs
Saison froide Aucun impact notable prévu Présent à 20 ans Présent à 20 ans

ENCADRÉ 4

Étapes du processus de gestion des risques
(tiré de Bruce et al., 2006)

« La gestion des risques est une approche systématique qui consiste à sélectionner la meilleure conduite à suivre dans certaines situations indéterminées en identifiant, en comprenant et en communiquant les risques, et en agissant pour les contenir. En matière d'adaptation au changement climatique, la gestion des risques fournit un cadre d'élaboration de stratégies d'adaptation en réaction aux changements potentiels du climat qui créent ou accroissent un risque... que l'objet soit un plan stratégique municipal d'adaptation au climat ou une étude plus petite sur une question spécifique comme les épisodes de pluie extrêmes, la chaleur, les questions de santé ou autres, la gestion du risque guidera le personnel vers des solutions optimales. »
(Bruce et al., 2006, p.6 [traduction])

Étape 1 : Pour commencer

  1. Identifier le problème ou le danger spécifique et les risques qui l'accompagnent.
  2. Identifier les intervenants et l'équipe de projet, en particulier les personnes possédant les compétences utiles.
  3. Énumérer les responsabilités de chaque membre de l'équipe de projet et les ressources nécessaires pour compléter le cadre de gestion des risques.
  4. Rédiger le plan de travail et estimer l'échéancier.

Étape 2 : Analyse préliminaire

  1. Définir le danger lié au climat et les risques susceptibles d'entraîner des dommages, comme des blessures, des dégâts matériels, des dommages à l'environnement ou un préjudice d'ordre financier à la collectivité.
  2. Identifier les issues possibles de la situation de risque.
  3. Passer rapidement en revue le processus, de manière à définir la complexité du projet et le cadre temporel dans lequel les travaux pourront être menés à bien, et à se faire une idée de l'adéquation éventuelle de l'équipe et des moyens que l'on se propose d'affecter au projet.

Étape 3 : Estimation du risque

  1. Identifier les fréquences d'occurrence et les conséquences de chacun des scénarios de risque.

Étape 4 : Évaluation du risque

  1. Élaborer un processus de comparaison ou de classement de chaque scénario de risque.
  2. Évaluer les risques en en examinant les coûts, les avantages et l'acceptabilité, compte tenu des besoins, des questions et des préoccupations des intervenants.
  3. Identifier les risques inacceptables et les prioriser en vue d'appliquer des stratégies de réduction ou de maîtrise des risques.

Étape 5 : Décisions en matière de maîtrise des risques et d'adaptation

  1. Identifier des stratégies viables pour ramener les risques inacceptables à des niveaux acceptables.
  2. Évaluer l'efficacité des stratégies d'adaptation ou de maîtrise des risques, en établissant les coûts, les avantages et les risques des mesures d'adaptation proposées.
  3. Sélectionner les stratégies optimales d'adaptation ou de maîtrise des risques et examiner l'acceptabilité des risques résiduels.

Étape 6 : Mise en œuvre et surveillance

  1. Élaborer et mettre en œuvre le plan d'adaptation.
  2. Surveiller et évaluer l'efficacité et les coûts des mesures d'adaptation.
  3. Décider de poursuivre ou non le processus de gestion des risques.

De première importance sont les décisions de planification concernant les infrastructures physiques susceptibles d'impliquer de grosses dépenses en immobilisations qui doivent, de par leur durée de vie prévue, pouvoir résister aux changements des paramètres climatiques pendant de nombreuses décennies. L'industrie de la construction, les codes et normes du bâtiment, et l'aménagement du territoire n'évoluent que lentement et les décisions relatives à l'utilisation des terres et aux matériaux de construction sont souvent guidées par des intérêts commerciaux à court terme (Auld et MacIver, 2005). L'adaptation qui concerne les infrastructures devra tenir compte de la diversité des cycles de vie des ouvrages et de leurs cycles de remplacement (voir le tableau 6), en conjonction avec les changements projetés du climat (Auld et MacIver, 2005). La mise à jour des codes et normes en place, que l'on effectuera à la lumière des tendances discernables dans l'histoire du climat, représente un point de départ possible aux efforts d'atténuation de la vulnérabilité des infrastructures (Auld et MacIver, 2005, 2006).

TABLEAU 6 :

Durée des cycles de vie des infrastructures (extrait modifié tiré de Auld et al., 2006).
Ouvrage Phase Cycle de vie typique prévu (années)
Immeubles à usage commercial Modernisation
Démolition
20
50–100
Routes Maintenance
Resurfaçage
Reconstruction ou modernisation majeure
Annuelle
5–10
20–30
Ponts Maintenance
Resurfaçage
Reconstruction ou modernisation majeure
Annuelle
20–25
60–100
Chemin de fer Rénovation majeure
Reconstruction ou modernisation majeure
10–20
50–100
Aéroports Rénovation majeure
Reconstruction ou modernisation majeure
10–20
50
Barrages et alimentation en eau Rénovation majeure
Reconstruction ou modernisation majeure
20–30
50
Égouts Reconstruction ou modernisation majeure 50
Gestion des déchets Modernisation
Rénovation majeure
5–10
20–30

4.1 PRÉOCCUPATIONS PRINCIPALES

Les éléments réunis aux fins de la présente évaluation révèlent cinq sujets de préoccupation majeurs du fait de leur sensibilité au climat en Ontario : les infrastructures essentielles; la qualité et l'approvisionnement en eau; la santé et le bien-être des populations humaines; les collectivités éloignées ou tributaires de l'industrie primaire; et les écosystèmes gérés et non gérés. Le degré de vulnérabilité de ces systèmes à un climat en évolution dépendra de la réussite des mesures d'adaptation, qui, à leur tour, exigeront que l'on renforce et ait recours à la capacité d'adaptation existante.

Par infrastructures essentielles, on entend, dans la présente analyse, les systèmes de traitement et de distribution de l'eau, les équipements de production et de transport de l'énergie, et les réseaux de transport. Des perturbations de ces systèmes se sont produites dans toutes les sous-régions de la province ces dernières années, et on s'attend à ce qu'elles se produisent plus souvent au cours du présent siècle. Ces dernières années, des inondations causées par des phénomènes météorologiques violents ont perturbé les voies de transport et de communication, causant des dégâts évalués à plus de 500 millions de dollars. Des pannes de courant de longue durée, et touchant de vastes pans de territoire, ont été occasionnées par des défaillances des réseaux de transport et de distribution d'électricité. Les hivers plus cléments ont entraîné un raccourcissement de la période d'utilisation des routes d'hiver, limitant ainsi l'accès à des collectivités éloignées et aux ressources naturelles. La baisse des niveaux de l'eau des Grands Lacs a eu pour effet de faire croître les coûts du transport maritime en certaines saisons, et a entraîné une réduction de la production hydroélectrique. On prévoit que les niveaux d'eau continueront de baisser sous l'effet du changement climatique, situation susceptible de compromettre davantage le transport maritime sur les Grands Lacs et de mener à une réduction potentielle de la production d'hydroélectricité de plus de 1 100 MW d'ici à 2050.

Étant donné que les infrastructures doivent être résistantes, aussi bien aux conditions climatiques actuelles qu'à celles à venir, leur conception doit intégrer la variable du changement climatique. Cependant, les connaissances au sujet des impacts du changement climatique sur les infrastructures sont limit ées et profiteraient de nouvelles recherches axées sur le raffinement des projections des répercussions régionales et des paramètres climatiques que l'on considère comme essentiels dans la conception des infrastructures, notamment les vitesses de vent maximales, les charges de neige et l'intensité des précipitations (Auld et MacIver, 2005). Dans la sous-région sud, les infrastructures se font de plus en plus vieilles, phénomène qui entraîne, de ce fait, l'augmentation de la proportion des infrastructures susceptibles d'être vulnérables aux extrêmes climatiques (Auld et MacIver, 2005). L'investissement dans des infrastructures de gestion de l'eau et des eaux usées devrait, à lui seul, coûter de 30 à 40 milliards de dollars durant les 15 années à venir en Ontario, dont 25 milliards de dollars en dépenses de renouvellement des équipements, le solde devant être affecté à la maintenance différée et à la croissance (ministère du Renouvellement de l'infrastructure publique de l'Ontario, 2005). Comme l'ont prouvé la tempête de verglas de 1998, la panne de 2003 et l'inondation de Toronto en 2005, tous les éléments des infrastructures essentielles sont étroitement liés, car la majeure partie de l'économie, de l'industrie et des collectivités urbaines de l'Ontario dépend de la livraison de type « juste à temps » et de services sans interruption (Auld et al., 2005).

Selon les projections, la fréquence des pénuries d'eau déjà constatées dans la sous-région sud de la province risque d'augmenter avec l'élévation des températures estivales et des taux d'évaporation. Certaines parties du comté de Durham, des comtés de Waterloo et de Wellington, et le rivage du sud de la baie Georgienne, où les scénarios de croissance démographique indiquent que la population continuera de croître sensiblement, seront de plus en plus vulnérables aux pénuries d'eau au cours des 20 prochaines années. La législation actuelle fournit le cadre nécessaire pour faire face tant aux changements progressifs des conditions moyennes qu'aux changements de fréquence et d'intensité des épisodes de sécheresse. Aux termes de la Loi sur l'eau saine, la planification de la protection des sources doit être une tâche continue, orientée sur le long terme, car les nombreux facteurs d'ordre climatique et non climatique agissant sur les ressources hydriques vont évoluer. Le changement climatique peut donc être intégré dans des plans ultérieurs à mesure que l'on comblera les lacunes sur le plan des données, que des compétences se développeront et que l'expérience s'enrichira (voir l'encadré 5; de Loë et Berg, 2006). De même, la stratégie d'intervention en cas de baisse du niveau des eaux de l'Ontario assure à la province un degré de préparation lui permettant d'affronter des sécheresses extrêmes et constitue déjà une structure en place susceptible de l'aider à faire face à des sécheresses plus fréquentes.

ENCADRÉ 5

Intégrer l'adaptation

« La planification de la protection des sources en vertu de la Loi sur l'eau saine a fait naître la possibilité remarquable d'intégrer le changement climatique. La planification de la protection des sources porte avant tout et n écessairement sur les facteurs qui menacent la sécurité de l'eau potable. Toutefois, aux termes de la Loi sur l'eau saine, ces facteurs sont classés en deux grandes catégories, selon qu'ils concernent la qualité de l'eau ou sa quantité. La Loi privilégie certains thèmes de préoccupation comme on ne l'avait jamais fait jusqu'à présent, notamment les rapports entre les sols et l'eau, et entre les utilisations de l'eau et l'approvisionnement en eau. Le changement climatique doit être considéré comme un facteur essentiel lorsque ces liens sont examinés dans le cadre de caractérisations et de bilans hydriques de bassins versants. » (de Loë et Berg, 2006 [traduction]).

Les risques à la santé auxquels sont exposés les résidents de l'Ontario du fait du changement climatique comprennent les maladies, les blessures, les d écès prématurés causés par des phénomènes météorologiques extrêmes, les vagues de chaleur et les épisodes de smog et ceux qui résultent des changements progressifs des conditions écologiques facilitant la propagation des maladies transmises par des vecteurs et des rongeurs. Chaque ann ée, environ 6 000 résidents de l'Ontario décèdent prématurément à cause de la pollution atmosphérique, et les vagues de chaleur peuvent être un facteur contributif dans 20 p. 100 des décès survenant dans les villes de la sous-région sud. Les systèmes d'alerte au smog sont répandus dans la sous-région du sud de l'Ontario (et dans certaines villes de la sous-région centre), et certaines villes du sud ont récemment instauré des systèmes d'avertissement de chaleur intense. La mortalité liée à la chaleur pourrait plus que doubler dans ces villes d'ici les années 2050, tandis que la mortalité imputable à la pollution atmosphérique pourrait progresser de 15 à 25 p. 100 pendant la même période. On prévoit une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, comme celui qui a contribué au déclenchement de l'épidémie d' E. coli à Walkerton (Ontario), entraînant la mort de sept personnes et provoquant quelque 2 300 cas d'infection. On doit également s'attendre à ce que les conditions climatiques en évolution favorisent l'expansion vers le nord de la maladie de Lyme, et le syndrome pulmonaire à hantavirus pourrait se révéler un autre risque pour la santé.

Les collectivités éloignées et celles tributaires de l'industrie primaire sont particulièrement sensibles à la variabilité et au changement du climat. Les sécheresses récentes, les inondations dues aux embâcles, l'augmentation de l'incidence des feux de forêt, le réchauffement des hivers et l'absence de gelées tardives au printemps ont posé des problèmes aux exploitations forestières et restreint l'accès aux collectivités et aux ressources. L'élévation projetée des températures hivernales continuera de faire raccourcir la période de l'année où les routes d'hiver sont praticables, limitant ainsi les possibilités de livraison de matériaux de construction, de produits alimentaires et de combustibles à un grand nombre des collectivités les plus septentrionales. L'augmentation de fréquence des incendies de forêts et des proliférations de ravageurs auront des incidences néfastes sur la santé et sur l'économie des collectivités vivant de l'industrie du bois, en particulier dans la forêt boréale de l'Ontario. Les collectivités qui cherchent à diversifier leur économie en développant le tourisme d'hiver devraient agir avec prudence, puisque la motoneige, le ski de fond et la pêche sur la glace sont vulnérables au changement climatique prévu à moyen et long terme.

Au cours des 30 prochaines, années, la vulnérabilité de nombreuses collectivités tributaires de l'industrie primaire en Ontario pourra s'accroître en même temps que l'âge moyen de leurs populations augmentera, que leur nombre diminuera et que les jeunes quitteront ces collectivit és pour aller chercher du travail ailleurs (ministère des Finances de l'Ontario, 2006). Les impacts cumulatifs des changements du climat et d'autres facteurs auront des répercussions sur l'état de santé des habitants de ces collectivités et sur le niveau des services sociaux requis.

Les écosystèmes de l'Ontario subissent aujourd'hui des stress causés par l'effet combiné du climat, de l'activité humaine, du déplacement des espèces indigènes et exogènes et de perturbations naturelles comme le feu, les proliférations d'insectes et les épidémies. Les terres humides sont particulièrement sensibles aux changements du climat et à d'autres facteurs, et elles ont subi des pertes spectaculaires ces dernières années, en particulier dans la sous-région sud de l'Ontario. Des hivers plus cléments, des étés plus longs, et les changements des températures moyennes qui les accompagnent, ont entraîné une baisse des niveaux de l'eau des Grands Lacs, une hausse des températures des eaux et une baisse de l'humidité du sol disponible dans les forêts et les terres agricoles. Les changements constatés au niveau des espèces de poissons dominantes, qui révèlent que des espèces d'eaux froides ou tempérées cèdent graduellement leur place à des espèces d'eaux chaudes dans la sous-région sud, les modifications de la composition des écosystèmes aquatiques et terrestres dans la sous-région nord, et la baisse du nombre et de l'état de santé des ours blancs et des phoques sont autant d'exemples d'impacts déjà en cours. La poursuite de la baisse des niveaux de l'eau des Grands Lacs sous l'effet du changement climatique continuera de mettre en péril les terres humides qui, aujourd'hui, assurent l'intégrité des rives, freinent l'érosion, filtrent les matières contaminantes, absorbent les excédents d'eau pluviale et fournissent un habitat important aux poissons et à la faune en général. Les espèces envahissantes deviendront probablement plus nombreuses et plus abondantes dans les Grands Lacs.

Étant donné que le changement climatique aura des impacts sur toutes les espèces et tous les écosystèmes, les organismes chargés de la gestion des actifs naturels devront faire face à une pléthore de problèmes nouveaux au cours du XXIe siècle. Par exemple, les changements induits par le climat dans les habitats et dans la r épartition et l'abondance de la flore et de la faune modifieront le caractère de nombreux parcs et zones protégées établis et créés pour appuyer les efforts de conservation de la biodiversité, ce qui exigera d'apporter des changements fondamentaux aux stratégies de gestion déjà en place (Lemieux et al., 2007).

4.2 VULNÉRABILITÉ ET CAPACITÉ D'ADAPTATION

Afin de s'adapter au changement climatique, il faudra que l'on prenne des décisions visant à réduire le degré de vulnérabilité aux impacts présents et prévus, mais il faudra aussi que l'on tire avantage des nouvelles possibilités. Ces décisions seront prises en fonction d'une myriade de facteurs d'ordre non climatique qui agissent sur les systèmes environnementaux, économiques et sociaux. La vulnérabilité au climat (actuel et futur) est conditionnée par divers facteurs sociaux, économiques, politiques et culturels qui, à l'instar du climat, ne sont pas statiques mais évoluent avec le temps. La réduction de la vulnérabilité aux risques actuels et le renforcement de la capacité des systèmes à s'adapter au changement des conditions constituent des objectifs d'adaptation efficaces, étant donné les incertitudes inhérentes aux projections du changement climatique. Les collectivités peuvent améliorer leur capacité de faire face au changement des conditions en sensibilisant leurs membres, en prot égeant les plus vulnérables, en élaborant et en mettant en œuvre des mesures d'adaptation efficaces et en renforçant la résilience sociale (Crabbé et Robin, 2006).

La capacité d'adaptation est définie comme étant le « potentiel, les moyens ou la capacité d'un système de s'adapter aux stimuli du changement climatique ou à ses effets ou impacts » (Smit et al., 2001, p. 894 [traduction]; voir le chapitre 2). Le tableau 7 présente une première caractérisation de certains déterminants de base de la capacité d'adaptation dans chacune des sous-régions de l'Ontario. Cette liste repose sur des statistiques de base, sur la documentation disponible (sans se limiter au thème du changement climatique) et sur le jugement des auteurs du chapitre. Elle n'est pas le produit d'une analyse exhaustive, mais elle est plutôt destinée à stimuler des analyses futures de la capacité d'adaptation. Il ressort de ce tableau que toutes les sous-régions ont leurs forces et leurs faiblesses en matière de capacité d'adaptation et qu'une connaissance plus approfondie de ces aspects peut aider à décider quelles seraient les mesures d'adaptation les plus souhaitables dans chaque région.

Les quelques travaux de recherche disponibles sur la capacité d'adaptation au changement climatique en Ontario concernent surtout les institutions. La capacité institutionnelle repose sur une bonne perception des risques et sur l'aptitude à intervenir rapidement et de manière anticipatoire. Les perceptions des risques liés aux impacts du changement climatique déjà survenus ou prévus sont largement fonction de l'expérience locale des phénomènes extrêmes et des répercussions graves, comme les tempêtes de verglas, les inondations et la contamination des puits. Les institutions peuvent tout à la fois faciliter l'adaptation et y faire obstacle.

Les points forts relevés en ce qui concerne les institutions de l'Ontario sont le haut degré de compétences en matière de gestion des eaux pluviales au sein des instances responsables de la conservation de l'eau, l'accès aux options technologiques disponibles, l'accès des municipalités à l'assurance réciproque et la persistance, la durabilité et la résilience des dispositifs institutionnels et sociaux. L'augmentation de la souplesse et de l'autonomie, dont doivent faire preuve les municipalités afin de choisir les réactions appropriées aux problèmes locaux d'ordre économique, environnemental et social, constitue un des objectifs de la Loi de 2001 sur les municipalités; elle contribue aussi à améliorer la capacité d'adaptation des décideurs locaux (Crabbé et Robin, 2006). Parmi les points faibles figurent les suivants : les chevauchements des comp étences et les limites mal définies des domaines de responsabilité, la nécessité d'établir des conventions intermunicipales pour gérer les ressources communes aux différentes instances, le fait de compter sur la mise en œuvre volontaire de certaines activités clés, la restructuration des institutions, l'accès à des financements et à des expertises limités, en particulier dans les zones rurales, une répartition inégale des ressources, et le manque de compétences en ce qui a trait à l'impact du changement climatique sur les infrastructures bâties et les technologies d'adaptation disponibles (Ivey et al., 2004; Crabbé et Robin, 2006).

Pour assurer l'efficacité de l'adaptation, les décideurs doivent être bien informés et bien comprendre les risques du changement climatique. Un sondage effectué récemment par la Division des forêts et la Division des ressources scientifiques et informationnelles du ministère des Richesses naturelles de l'Ontario a ainsi révélé qu'en dépit du fait qu'une grande majorité des répondants estimaient que le changement climatique aurait une incidence sur les forêts dans les 50 années à venir et que près de la moitié d'entre eux estimaient que les impacts seraient importants pour les collectivités forestières, presque tous étaient convaincus que ni les responsables des politiques forestières, ni le public ne comprenaient comment le changement climatique toucherait les collectivit és forestières (Columbo, 2006). Malgré ces préoccupations, l'importance de mettre en œuvre des mesures susceptibles d'améliorer le niveau de compréhension du changement climatique et la capacité d'adaptation nécessaire pour y faire face est mise en lumière dans le rapport sur les orientations stratégiques du Ministère pour 2005 (ministère des Richesses naturelles, 2005b).

TABLEAU 7 :

Caractéristiques générales de la capacité d'adaptation dans les sous-régions de l'Ontario1.
Déterminant Sous-région
nord centrale sud
Ressources économiques Forte dépendance à l'égard de ressources naturelles sensibles au climat

Économie hors marché importante
Forte dépendance à l'égard de ressources naturelles sensibles au climat

Accroissement de la diversification
Fortement diversifiées

Sensibilité au climat limitée
Technologie Accès quelque peu limité par les ressources économiques Moyens technologiques aisément accessibles

Connaissance limitée de l'utilité de la technologie face à la sensibilité au climat
Moyens technologiques aisément accessibles

Aspect essentiel de l'économie

Connaissance limitée de l'utilité de la technologie face à la sensibilité au climat
Informations et compétences Solides connaisssances traditionnelles et locales sur les sensibilités au climat et l'adaptation au changement

Pourcentage plus faible de la main-d'œuvre dotée d'une formation technique
Proportion importante de la main-d'œuvre dotée d'une formation technique

Bonne compréhension des sensibilités au climat dans les industries primaires
Proportion importante de la main-d'œuvre dotée d'une formation technique

Connaissance limitée de la sensibilité au climat
Infrastructures Limitées
Problèmes de maintenance et d'expertise

Accès terrestre à de nombreuses collectivités limité aux routes saisonnières

Sensibilité problématique du pergélisol
Bien développées en zones urbaines

Renouvellement préoccupant

Manque d'expertise concernant les impacts du changement climatique sur l'environnement bâti
Très bien développées

Vieillissement de la plupart des infrastructures

Manque d'expertise concernant les impacts du changement climatique sur l'environnement bâti

Forte dépendance à l'égard d'un réseau électrique potentiellement vulnérable
Institutions Accès limité

Forte cohésion sociale
Bien développées

Les chevauchements des compétences peuvent freiner les décisions
Très bien développées

Les chevauchements des compétences peuvent freiner les décisions
Equité2 Situation désavantagée des populations autochtones, des collectivités rurales et des pauvres en milieu urbain
Les municipalités jouissent de couvertures d'assurance mutuelles et bénéficient de secours en cas de catastrophe

1Selon le jugement des auteurs principaux du chapitre, dans le but de stimuler des analyses futures de la vulnérabilité.
2Se prête mieux à un examen à l'échelle régionale et provinciale.

4.3 CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

Avec sa base économique forte et diversifiée et ses abondantes ressources naturelles, l'Ontario est dans l'ensemble bien placé pour gérer l'adaptation au changement des conditions climatiques. Il existe des moyens d'intégrer rapidement l'adaptation au changement climatique dans le processus de prise de décisions; cette démarche est illustrée par la Loi sur l'eau saine et d'autres politiques ou programmes qui portent, entre autres, sur les infrastructures et leur renouvellement, sur les programmes d'intervention en cas de baisse du niveau des eaux et sur les stratégies de développement.

Il ressort de cette évaluation un certain nombre de lacunes sur le plan des connaissances, y compris une compréhension limitée des effets cumulatifs et des implications du changement climatique pour certains secteurs, régions et segments de la population; les plus notables de ces lacunes concernent les sous-r égions centrale et nord, les options d'adaptation et la compréhension de la capacité d'adaptation dans toutes les sous-régions. De nombreuses activités et mesures d'adaptation conçues en vue de contrer les impacts du changement climatique sont applicables dans tous les secteurs, systèmes et sous-régions, mais on constate une grande diversité en matière de documentation sur la nature de ces activités ou mesures, sur le fait qu'elles sont en place ou en cours d'élaboration, ou qu'elles devraient être efficaces au niveau local ou à celui des collectivités. La « trousse à outils » des mesures d'adaptation peut être vaste mais, à quelques exceptions près (p. ex., Edwards et al., 1999; Bruce et al., 2006), on n'a qu'une connaissance limitée de la manière dont ces outils peuvent servir dans la plupart des contextes.

De ce fait, la connaissance de la vulnérabilité des systèmes naturel et humain au changement climatique est elle aussi limitée, notamment dans le contexte de stress multiples, comme les activités humaines, la croissance économique et les espèces envahissantes. Généralement, la vulnérabilité ne devient véritablement manifeste que lorsque des conditions comparables à celles projetées pour l'avenir sous l'effet du changement climatique interagissent avec une population sensible; c'est pourquoi le présent chapitre s'est beaucoup inspiré des leçons tirées des récents phénomènes climatiques extrêmes. Dans le cas des canicules, par exemple, l'expérience de la ville de Toronto indique clairement que la vulnérabilité d'une population sensible est fonction de l'efficacité des systèmes d'alerte déjà en place et des déterminants sociaux de la santé qui aggravent ou atténuent les risques.

On peut améliorer la résilience des collectivités, des régions et des secteurs face aux risques et aux possibilités du changement climatique en élaborant et en mettant en œuvre des plans ou des stratégies d'adaptation, comme cela a été recommandé pour les collectivités de Premières nations et les infrastructures de santé (Chiotti et al., 2002; Resource Futures International, 2004). Parmi les éléments qui seront probablement communs à ces plans et stratégies figurent les suivants :

  • La mobilisation des intervenants : cette étape est essentielle pour définir les priorités de la recherche, évaluer l'efficacité des mesures d'adaptation actuelles aux conditions futures et déterminer quelles interventions et activités sont les plus appropriées.
  • La surveillance et le suivi : des données sur le climat, la fonction des écosystèmes, les conditions sociales et les répercussions économiques, y compris des données provenant de la surveillance exercée par les collectivités, sont nécessaires au processus de prise de décisions efficaces en matière d'adaptation.
  • L'éducation : une sensibilisation accrue aux répercussions sociales, économiques et environnementales du changement climatique à l'échelle locale et régionale aidera à faciliter l'élaboration de mesures d'adaptation.
  • La constitution de partenariats : l'efficacité des mesures d'adaptation exigera une coopération et une coordination entre tous les ordres de gouvernement, le secteur industriel, les collectivit és, les universités et collèges, les organisations de bénévoles, les groupes de défense des intérêts du public, et les membres du public.