Chapitre 5 - Québec

Principales conclusions

Le changement climatique aura de nombreux impacts sur l'environnement, la population et les activités socio-économiques. Au Québec, ces impacts évolueront selon les sensibilités propres aux régions; leur ampleur et leur coût iront vraisemblablement en augmentant avec le temps. Voici les principales conclusions :

L'ampleur et la sévérité des impacts du changement climatique est en bonne partie fonction de l'évolution des conditions démographiques, socio-économiques et environnementales. Ainsi, outre le changement climatique comme tel, l'analyse des impacts anticipés doit également inclure l'analyse des facteurs qui toucheront la vulnérabilité de chacune des sous-régions. Dès lors, il est intéressant de noter que :

  • de 1960 à 2003, le Québec méridional a connu un réchauffement variant entre 0,5 °C et 1,2 °C dans l'ouest et le centre, et un réchauffement inférieur à 0,5 °C dans l'est. Un lent refroidissement a été remplacé par un soudain réchauffement avoisinant 2 °C depuis 1993 sur l'Arctique québécois;
  • malgré les incertitudes, l'utilisation de modèles climatiques toujours plus performants permet de produire des scénarios climatiques détaillés pour plusieurs paramètres et plusieurs régions qui pointent tous vers des changements tendanciels importants du système climatique;
  • la croissance de la population ralentit et on assiste à un vieillissement de plus en plus important, sauf dans les communautés amérindiennes et inuites. Dans les régions, on assiste à un phénomène de dépopulation, principalement au profit des couronnes de banlieue et des zones périurbaines des centres métropolitains dans le sud du Québec, favorisant un étalement urbain au détriment de terres à fort potentiel agricole;
  • bien que l'état de santé général s'améliore, l'évolution future sur ce plan est incertaine en raison de plusieurs facteurs, les populations à risque devenant pour leur part de plus en plus vulnérables;
  • l'économie du Québec en croissance est aujourd'hui majoritairement à caractère tertiaire et largement imbriquée dans l'économie continentale et mondiale. Par contre, les infrastructures sont vieillissantes et largement expos ées aux aléas climatiques. De plus, de nombreuses collectivités en région sont dépendantes des ressources naturelles et donc très vulnérables à ces mêmes aléas climatiques.

C'est dans la sous-région nord que sont anticipés les plus importants effets du changement climatique en valeur absolue. Ceux-ci viendront complexifier les problèmes que connaît déjà la sous-région par rapport, entre autres, à la forte exposition des collectivités aux risques naturels, à la dépendance de nombreuses infrastructures essentielles, à l'accès aux ressources et aux modes de vie traditionnels étroitement reliés à l'environnement naturel actuel. Les écosystèmes terrestres et aquatiques ont commencé à changer, notamment dans leur structure à cause de la dégradation du pergélisol, des formations de cuvettes et de mares de thermokarst, de l'expansion des populations arbustives et des déplacements des populations fauniques.

Le changement climatique viendra modifier l'environnement naturel avec des implications potentiellement significatives là où l'exploitation des ressources naturelles est au cœur de l'activité économique. En effet, paysage, hydrologie et géomorphologie des cours d'eau, répartition de la faune et de la flore, de même que biodiversité régionale, pourraient tous subir de profondes mutations, particulièrement là où les pressions anthropiques sont déjà fortes. Par contre, cela pourrait avoir un certain effet bénéfique à cause d'une hausse anticipée de la productivité de certains secteurs tels que l'hydroélectricité et la forêt. Toutefois, ces scénarios demeurent incertains pour plusieurs raisons : manque de données, tendances historiques contradictoires, processus mal compris, incertitudes reli ées aux outils utilisés, ou encore effets de marché à l'échelle du continent.

La sous-région maritime, dont la côte est fortement exposée à l'hydrosphère, assistera vraisemblablement à une accentuation de l'érosion des berges le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent, là où se situent justement les principales zones socio-économiques. L'élévation du niveau de la mer, la disparition progressive de l'englacement, la géologie de certaines côtes et les régimes possiblement changeants des tempêtes semblent en effet se conjuguer pour entraîner une intensification du processus naturel d'érosion, fragilisant l'environnement bâti, les attraits touristiques et la qualité de vie de nombreuses collectivités de cette sous-région fortement dépendante de son accès maritime.

Pour la sous-région sud, une augmentation de fréquence, d'intensité ou de durée des phénomènes climatiques extrêmes représenterait des risques accrus pour l'environnement bâti vieillissant, les populations vulnérables et les collectivités vivant dans des zones exposées aux risques naturels. Des événements météorologiques du passé ont démontré la forte dépendance des collectivités urbaines et rurales à l'égard des infrastructures d'approvisionnement en eau, en énergie et de transport exposées aux aléas climatiques. Par ailleurs, un adoucissement des hivers et une " tropicalisation " des étés signifieraient une évaporation accrue des eaux naturelles, risquant d'envenimer des conflits d'usages de la ressource et une fragilisation des terres humides dépendantes du régime des crues. Plusieurs espèces menacées, aux habitats fragmentés et à faible capacité migratoire, déjà soumises à divers stress, courent également de grands risques. Par contre, le changement climatique pour cette sous-r égion pourrait également avoir pour effet des économies (demande réduite en énergie) et présenter des occasions de mise en valeur (productivité végétale accrue) se traduisant par des gains de plusieurs centaines de millions de dollars par année.

L'adaptation au changement climatique offre de nombreuses pistes de solutions permettant l'atténuation substantielle des impacts négatifs. Les sociétés humaines qui se sont de tous temps montrées aptes à s'adapter à la variabilité climatique, semblent une nouvelle fois capables de surmonter les obstacles à l'adaptation au changement climatique, laquelle repose sur les éléments suivant: déterminer et comprendre les enjeux prioritaires; acquérir et communiquer les données et les informations dont ont besoin les acteurs de l'adaptation; développer et appliquer les techniques ou les technologies optimales; modifier ou adapter les politiques et les normes ainsi que les structures organisationnelles; et tenir compte des incertitudes émergentes dans la prise de décisions. Le Québec dispose d'une grande capacité d'adaptation, notamment grâce à une économie de savoir toujours plus diversifiée. Quant à l'environnement naturel, il s'adapte surtout de façon spontanée et autonome, et les systèmes humains pourront contribuer à faciliter cette adaptation. Bien que l'adaptation semble une option de plus en plus incontournable, les limites et les co ûts en sont généralement peu connus, notamment à long terme. Dès lors, l'adaptation devrait impérativement être accompagnée de réductions des émissions de gaz à effet de serre afin d'attaquer le problème à sa source et de minimiser les " mauvaises surprises " que le climat pourrait réserver pour l'avenir.