Approches utilisées dans l'évaluation

5.1 SYNTHÈSE

La présente évaluation est une analyse critique de l'ensemble des connaissances actuelles sur les risques et les possibilités que le changement climatique représente pour le Canada. Il a fallu prendre en considération les tendances historiques du climat, les changements prévus du climat, la sensibilité des principaux systèmes face au climat, de même que la capacité d'adaptation actuelle et à venir. De nouvelles études et recherches n'ont pas été entreprises aux fins de la présente évaluation.

On a demandé aux auteurs de se servir de trois principales sources :

  1. Documentation publiée, évaluée par des pairs : ce type de documentation a été la plus importante source de matériel pour l'évaluation. Il existe, en effet, une documentation importante, et qui continue de cro ître, axée sur le changement climatique au Canada, ainsi que des ouvrages étrangers qui aident à comprendre la vulnérabilité du Canada face à ce changement. En outre, les revues d'autres domaines regorgent d'informations évaluées par des pairs qui sont utiles aux études sur les impacts du changement climatique et sur l'adaptation. Les auteurs ont donc été encouragés à puiser des renseignements dans d'autres milieux de recherche, notamment les domaines des catastrophes naturelles, de la gestion de l'utilisation des terres, de l'économie politique et de la planification.
  2. Documentation dite « grise » : ce type de documentation, incluant des rapports gouvernementaux, des documents sans examen par des pairs qui ont paru dans diverses publications, des rapports d'atelier et des rapports de consultants, a aussi été utilisé comme matériel de référence. Ces sources aident grandement à comprendre le concept de la vulnérabilité face au changement climatique et sont souvent la seule façon d'avoir accès aux informations les plus récentes qui soient pertinentes à l'échelle locale. Les auteurs ont eux-mêmes évalué la qualité et la pertinence de ce type de documentation à la lumière de leur jugement.
  3. Connaissances locales et connaissances des spécialistes: la présente évaluation reconnaît que les connaissances locales, souvent obtenues par l'entremise de spécialistes, complètent celles que l'on a trouvées dans des sources scientifiques. En raison de la nature appliquée et locale de beaucoup de mesures d'adaptation, les expériences directes sont rarement présentes dans la documentation scientifique. C'est pourquoi ce rapport cite occasionnellement des communications personnelles dans le but de bien d écrire et d'attribuer ces connaissances.

Tel que mentionné au chapitre 1, l'information scientifique présentée dans la présente évaluation inclut le savoir traditionnel (autochtone), bien représenté dans les trois sources de matériel décrites ci-dessus. La documentation incluse dans chaque chapitre reflète largement l'éventail de renseignements disponibles dans les sources présentées plus haut. La quantité de matériel disponible sur un sujet particulier, par contre, ne témoigne pas nécessairement de son importance relative aux échelles régionale ou nationale. En effet, on ne dispose que de très peu d'informations sur certains aspects importants des impacts et de l'adaptation, tels que l'analyse économique. De ce fait, l'évaluation de l'importance du savoir disponible traduit le jugement d'expert des auteurs principaux et des collaborateurs de chaque chapitre, selon leur domaine de sp écialisation. On a également demandé aux auteurs d'identifier les principales lacunes sur le plan des connaissances. Les équipes de rédacteurs ont reçu des documents d'orientation générale sur la portée, les buts et les concepts importants, mais ce sont les auteurs qui ont décidé de la meilleure présentation à adopter pour chaque région. Des experts en science et en politique du milieu universitaire et du gouvernement ont évalué le rapport afin d'aider à orienter sa version finale.

5.2 PROBABILITÉ ET CONFIANCE

L'incertitude fait partie intégrante des analyses sur le changement climatique. Bien qu'il soit possible d'identifier les principales sources d'incertitudes (p. ex., dans les prévisions de changement climatique), on peut rarement les quantifier totalement. Cette situation s'applique particulièrement dans le cas des études sur les impacts et l'adaptation, qui comprennent habituellement de multiples étapes, chacune introduisant des incertitudes tout au long de l'étude (c'est-à-dire une cascade d'incertitudes). Les incertitudes liées aux facteurs socio-économiques, celles-là mêmes qui ont une incidence à la fois sur l'évolution des émissions et sur la capacité d'adaptation, sont particulièrement difficiles à évaluer (Manning et al., 2004). Il est donc plus compliqué d'arriver à des conclusions solides sur la probabilité qu'un résultat se réalise ou a déterminer le degré de confiance qui devrait être associé à un énoncé déterminé.

De nombreuses évaluations scientifiques, dont l'Arctic Climate Impact Assessment (Évaluation de l'impact du changement climatique dans l'Arctique) et celles réalisées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, adoptent une terminologie fondée sur la possibilité pour exprimer la probabilité ou la confiance. L'attribution d'un terme particulier (p. ex., probable, très probable) est basée sur une évaluation d'expert de la quantité et de la concordance de la documentation scientifique, se fondant sur de nombreux types d'indications, dont les tendances constatées, des expériences, des simulations de modèles et des théories (Huntington et al., 2005b).

Aux fins de la présente évaluation, il n'a pas été jugé pratique ou utile d'employer une terminologie fondée sur la probabilité. Lorsque des analyses sont entreprises à l'échelle régionale ou sous-régionale, la quantité généralement petite de renseignements disponibles sur un sujet spécifique fait que les énoncés de probabilité et de confiance refléteront principalement des jugements d'expert, et seront donc nécessairement qualitatifs. Les auteurs ont été encouragés à communiquer la probabilité et la confiance de leurs conclusions en utilisant un langage commun plutôt que des expressions prescrites. En général, ils ont été capables d'exprimer une plus grande confiance lorsque la quantité et la qualité des recherches disponibles sur le sujet étaient élevées. L'expression de la probabilité était la plus forte lorsque les projections concordaient avec les tendances historiques et/ou avec des relations bien établies du système climatique et qu'elle était appuyée par des analyses de modèles indépendantes.

5.3 UTILISATION DES SCÉNARIOS

Scénarios climatiques

En ce qui concerne le changement climatique à venir, l'évaluation ne met pas l'accent sur un scénario climatique ou un ensemble de scénarios en particulier. Comme elle intègre et analyse des études ayant des approches différentes de la question des scénarios climatiques et de leurs hypothèses, l'évaluation tente de placer les résultats de ces études dans le contexte d'une gamme complète de futurs climatiques vraisemblables.

Chaque chapitre à caractère régional comprend une section décrivant le changement climatique projeté pour la région et issu d'expériences sur le changement effectuées à l'aide de sept modèles de circulation générale (MCG), en ayant recours à un scénario d'illustration tiré des six groupes de scénarios d'émissions identifiés dans le rapport spécial du GIEC intitulé Special Report on Emissions Scenarios (SRES). Ces scénarios, qui étaient les plus récents dont on disposait au début du processus de la présente évaluation, soit en 2005, ont été élaborés à partir des recommandations de l'Équipe spéciale chargée par le GIEC de la gestion des données et des scénarios servant à l'évaluation du climat et de ses incidences. Les modèles climatiques sélectionnés sont conformes aux recommandations de ce groupe, et les scénarios établissent les changements du climat (par rapport à la période de référence de 1961 à 1990) pour les années 2020, 2050 et 2080, soit les trois périodes d'étude recommandées. Les auteurs de chaque chapitre ont reçu les résultats des scénarios sous forme de diagrammes de dispersion, de cartes et de tracés en rectangle et moustaches (voir l'annexe 1). Ils ont eux-mêmes décidé quels formats de graphique apparaîtraient dans leur chapitre. Certains chapitres présentent des informations additionnelles provenant de scénarios climatiques. Dans ce cas, les modèles et les scénarios d'émissions utilisés sont clairement indiqués.

Scénarios socio-économiques

Il n'existe pas de scénarios socioéconomiques à long terme utiles se prêtant aux études sur les impacts du changement climatique et sur l'adaptation pour toutes les régions du Canada. Les auteurs de chaque chapitre ont donc été encouragés à employer toutes les données pertinentes disponibles. Statistique Canada offre des données exhaustives sur les tendances démographiques et socio-économiques historiques à diverses échelles (p. ex., nationale, provinciale, région métropolitaine de recensement). L'exode rural, les changements de la répartition selon l'âge ainsi que les tendances du niveau de revenu et du produit intérieur brut sont des exemples de tendances pertinentes aux fins d'évaluation de la vulnérabilité (voir http://www41.statcan.ca/ceb_r000_f.htm). Statistique Canada rend également disponibles des projections des chiffres de population et de la répartition selon l'âge par sexe pour les années 2011, 2016, 2021, 2026 et 2031. D'autres sources de données socio-économiques sont mentionnées dans les divers chapitres de la présente évaluation.