Une perspective canadienne

Au Canada, le changement climatique touchera tous les aspects de nos vies; notre économie, notre société et notre bien-être général sont intimement liés, à la fois directement et indirectement, au climat, qui influe également sur le choix des cultures agricoles, la productivité de nos forêts, la propagation des maladies, la disponibilité de l'eau, la santé des écosystèmes et la stabilité de notre infrastructure. Le changement climatique comporte de nombreux nouveaux d éfis qui imposent un réexamen d'hypothèses et de pratiques de longue date.

FIGURE 2 : Changements saisonniers de la température à travers le Canada d'ici à 2050 (par rapport à la période s'étendant de 1961 à 1990), basés sur la moyenne obtenue de sept modèles de circulation générale et en ayant recours aux scénarios d'émissions du Special Report on Emissions Scenarios (SRES).

FIGURE 2 : Changements saisonniers de la température à travers le Canada d'ici à 2050 (par rapport à la période s'étendant de 1961 à 1990), basés sur la moyenne obtenue de sept modèles de circulation générale et en ayant recours aux scénarios d'émissions du Special Report on Emissions Scenarios (SRES)

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Une grande variabilité caractérise notre climat, aussi bien à l'échelle saisonnière qu'interannuelle. Alors que notre économie, notre santé et notre infrastructure sont généralement bien adaptées aux conditions climatiques actuelles, il appert néanmoins que notre vulnérabilité ressort nettement lorsque l'on tient compte des effets des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes. Au Canada, il n'est pas rare que les pertes résultant de catastrophes de nature météorologique se chiffrent à plusieurs centaines de millions de dollars à chaque fois. Prenons, par exemple, les feux de friche qui sont survenus à l'été 2003 en Colombie-Britannique et en Alberta, et dont les coûts ont atteint 400 millions de dollars (Sécurité publique Canada, 2005); les tempêtes de grêle de 1991 et de 1996, à Calgary, ont coûté 884 millions de dollars et 305 millions de dollars respectivement (Sécurité publique Canada, 2005); l'inondation de la rivière Rouge en 1997, a coûté 817 millions de dollars (Sécurité publique Canada, 2005); et l'ouragan Juan qui a touché Halifax en 2003, 200 millions de dollars. Certaines catastrophes entraînent également des pertes qui s'élèvent à plusieurs milliards de dollars, notamment la tempête de verglas de 1998 qui s'est abattue sur l'est du Canada et dont les dégâts s'élevaient à 5,4 milliards de dollars, et l'inondation au Saguenay, en 1996, qui a coûté 1,7 milliard de dollars (Sécurité publique Canada, 2005). Les sécheresses de 2001 et 2002, d'ampleur nationale, ont réduit de 5,8 milliards de dollars le produit intérieur brut (Wheaton et al, 2005). Les impacts des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes se répercutent sur la santé et le bien-être des Canadiens, et entraînent fréquemment, outre des coûts monétaires, des déplacements de personnes, des blessures et des pertes de vie. Ainsi, la tempête de verglas de 1998 a causé le nombre le plus élevé de personnes blessées, soit 945, et 17 800 évacuations (Sécurité publique Canada, 2005). En 2000, à Walkerton, en Ontario, les pluies anormalement fortes qui ont suivi une période de temps sec ont contribué à la prolifération de la bactérie E. coli, qui a causé la mort de sept personnes et en a infecté des milliers d'autres (O'Connor 2002).

Au cours du dernier siècle, on a observé, dans la majeure partie des régions du Canada, une hausse des températures et des changements dans les régimes de précipitations. Depuis 50 ans, soit de 1948 à 2006 (période pour laquelle on dispose de données tant pour le nord que pour le sud du pays), la température moyenne à l'échelle nationale a monté de 1,2 °C (voir le chapitre 2; Environnement Canada, 2006), soit plus de deux fois plus que les temp ératures moyennes en surface à l'échelle mondiale pour la même période. Au Canada, on prévoit que le réchauffement devrait continuer de s'accentuer au cours du présent siècle plus que dans la plupart du reste du monde (voir le chapitre 2; Environnement Canada, 2006). L'ampleur des changements du climat variera d'une région à l'autre du pays, avec une élévation des températures plus marquée dans les zones septentrionales et dans le centre sud des Prairies (voir la figure 2). Les précipitations annuelles moyennes devraient également croître, bien que, dans certaines régions, l'augmentation de l'évaporation et de la transpiration des plantes pourrait largement contrebalancer la hausse des precipitations annuelles, contribuant à rendre les conditions plus arides. Il est également projeté pour le Canada des épisodes plus fréquents de fortes précipitations, une baisse des précipitations pendant la saison de croissance et une hausse en hiver.

FIGURE 3 : Les changements des moyennes et de la variabilité du climat vont induire une fréquence accrue des extrêmes climatiques (tiré de Smit et Pilifosova, 2003).

FIGURE 3 : Les changements des moyennes et de la variabilité du climat vont induire une fréquence accrue des extrêmes climatiques (tiré de Smit et Pilifosova, 2003).

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Des changements de la variabilité du climat et de la fréquence des phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes accompagneront la modification progressive des conditions moyennes (voir la figure 3) et auront une incidence à la fois positive et négative sur la société, l'économie et l'environnement. Par exemple, une diminution de la fréquence des épisodes de froid extrême en hiver présentera des avantages pour la santé humaine, réduira la consommation d'énergie et favorisera de nombreux aspects de l'agriculture, mais aura des impacts défavorables importants sur la foresterie, le transport dans le Nord et l'exploration de ressources non renouvelables. On convient généralement que les impacts économiques défavorables les plus significatifs à court terme seront liés à la fréquence accrue de certains phénomènes climatologiques extrêmes, notamment les pluies, les sécheresses et les ondes de tempête extrêmes (Lemmen et Warren, 2004). Les impacts économiques à plus long terme attribués aux changements des conditions moyennes seront à la fois favorables et défavorables, et dépendront en partie de notre capacité de mettre en place de façon proactive des mesures d'adaptation efficaces (Lemmen et Warren, 2004).

Selon une analyse globale à l'échelle continentale, un réchauffement modéré pourrait présenter pour le Canada des avantages économiques grâce à l'augmentation de la production agricole, à la diminution de la mortalité due aux épisodes de temps froid, à la baisse de la demande en énergie pendant l'hiver et à des retombées intéressantes pour le secteur du tourisme (p. ex., Stern, 2006). Toutefois, ce type d'analyse tient rarement compte des impacts des phénomènes climatiques extrêmes ou de la capacité d'adaptation, ni, de façon générale, des conséquences non monétaires, telles que l'incidence sur l'identité culturelle et les écoservices. Mais le fait le plus important est sans nul doute la répartition inégale des effets d'un climat en évolution à l'échelle du pays; certaines régions et collectivités seraient davantage touchées parce qu'elles y sont plus exposées (p. ex., les collectivités nordiques et côtières), parce qu'elles sont moins résilientes (peut-être à cause de leur manque de ressources ou de leur éloignement) ou pour les deux raisons.

On utilise fréquemment des facteurs tels que la richesse, le niveau de scolarité et l'accès à l'information et aux technologies comme des indicateurs de la capacité d'un pays ou d'une région à mettre en place des mesures d'adaptation. Un autre facteur tout aussi important, mais plus difficile à quantifier, est l'expérience acquise dans un climat déjà très variable. À bien des égards, le Canada est en mesure de relever le défi de l'adaptation au changement climatique. Néanmoins, comme l'indique le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) dans les chapitres à caractère régional de leur quatrième rapport d'évaluation (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat 2007b), dans tous les pays, même les plus développés, il y a des régions, des collectivités et des secteurs qui sont vulnérables. Il est donc essentiel que nous comprenions nos vulnérabilités au climat actuel et à venir pour déterminer nos besoins en matière d'adaptation. Pour ce faire, il est nécessaire d'évaluer notre sensibilité et notre résilience au climat, la façon dont les facteurs sociaux, économiques et politiques influent sur notre capacité d'adaptation, ainsi que les mesures et processus d'adaptation. Le présent rapport, Vivre avec les changements climatiques au Canada : édition 2007 analyse ces questions dans le contexte canadien, au moyen d'une approche régionale.