Orientations futures

Afin d'abattre les obstacles à l'adaptation, il importe de reconnaître les entraves à la sensibilisation et à l'accès à l'information et aux outils de soutien de la prise de décisions.

Cette évaluation présente plusieurs exemples d'initiatives d'adaptation récentes et en cours. Le nombre de mesures de ce genre est faible comparativement à l'ampleur des besoins. Les mesures d'adaptation doivent être appliquées d'autant plus rapidement que le rythme du changement climatique augmente. Afin de ce faire, il faudra surmonter certains des obstacles actuels à l'adaptation, notamment la difficulté d'accès aux connaissances, aux données et aux outils de soutien à la prise de décisions, les règlements
ou lois qui peuvent entraver le recours à des stratégies d'adaptation et les attentes de la société. Dans certains cas, les obstacles sont le lot de certaines administrations ou de certains secteurs, et se rapportent à la réglementation ou aux pratiques exemplaires. Dans d'autres cas, cependant, ils sont communs à plusieurs régions ou à plusieurs secteurs. La meilleure façon de procéder consiste alors à mobiliser le secteur industriel (y compris les gens d'affaires et les organisations professionnelles), les groupes communautaires, les particuliers et tous les paliers de gouvernement qui peuvent, tous, assurer et faciliter la mise en œuvre des mesures d'adaptation (voir le chapitre 10). Le recoupement que l'on remarque dans les impacts du changement climatique (voir la figure RS-6) présente un défi à l'adoption de mesures d'adaptation efficaces.

Figure RS-6 : L'abaissement des niveaux d'eau dans le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent fournit un exemple du recoupement qui caractérise les questions portant sur les impacts climatiques et l'adaptation. Les décisions portant sur l'adaptation prises dans un secteur auront des répercussions importantes sur quelques autres secteurs (Lemmen et Warren, 2004).

Figure SR-6 : L'abaissement des niveaux d'eau dans le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent fournit un exemple du recoupement qui caractérise les questions portant sur les impacts climatiques et l'adaptation. Les décisions portant sur l'adaptation prises dans un secteur auront des répercussions importantes sur quelques autres secteurs (Lemmen et Warren, 2004).

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Figure SR-6

Diagramme montrant les impacts multisectoriels du changement climatique. La baisse des niveaux d’eau dans le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent a des effets sur de nombreux secteurs. Le transport pourrait être touché par la réduction de la profondeur des chenaux maritimes et un éloignement de l’eau rendant les quais et ports inutilisables. Le tourisme et les activités de loisir pourraient être touchés par des problèmes esthétiques, un accès réduit aux marinas et aux bords de lacs, tandis que le nombre de plages pourrait augmenter. Les pêches pourraient avoir à subir la disparition d’espèces et la perte d’habitats ainsi qu’une contamination accrue. La réduction de l’eau disponible pour les opérations industrielles et la production d’hydroélectricité aurait probablement un effet sur l’industrie et le secteur de l’énergie. Les municipalités devraient faire face à une augmentation des problèmes de qualité de l’eau exigeant des restrictions de consommation. En raison de pénuries d’eau, l’agriculture n’aurait pas toute l’eau nécessaire à l’irrigation et aux autres opérations agricoles. La santé humaine pourrait être touchée par la contamination et la piètre qualité de l’eau. Le résultat d’ensemble comprendrait des déséquilibres entre l’offre et la demande et des problèmes de répartition entre les différents secteurs, les différents paliers de gouvernement, les administrations ainsi qu’entre les différents impératifs économiques et écologiques.

Pour faire progresser le dossier de l'adaptation au Canada, il faudra poursuivre sur la lancée des initiatives actuelles et adopter de nouvelles mesures pour promouvoir et mettre en œuvre des mesures d'adaptation. La sensibilisation sera un outil important pour surmonter certains obstacles à l'adaptation (voir les chapitres 4, 5, 7 et 8). Il est important que les décideurs comprennent les risques que comporte le changement climatique et se rendent compte des avantages que présente l'adaptation à l'échelle locale et régionale. Le processus décisionnel en matière d'adaptation serait également facilité par le recours à des mécanismes pouvant améliorer l'accès aux connaissances et à l'expérience au sein du secteur industriel, du milieu universitaire et du secteur public ainsi que leur partage, de même que par la création d'outils permettant d'intégrer le changement climatique dans les processus de planification et de développement (voir les chapitres 2 et 10). Des approches stratégiques aideraient à maximiser les synergies et à réduire les risques de conflits entre les secteurs, les industries et les régions, et à l'intérieur de chacun d'eux. Dans certains cas, les décideurs pourront choisir de rendre obligatoire et de réglementer l'intégration de l'adaptation au changement climatique dans les programmes et les politiques (voir le chapitre 10).

S'il est vrai que des recherches s'imposent pour combler certaines lacunes sur le plan des connaissances et être en mesure de bien planifier l'adaptation, on dispose à l'heure actuelle de suffisamment de connaissances pour mettre en œuvre des stratégies d'adaptation dans la plupart des cas.

Les différents chapitres de la présente évaluation mettent en évidence plusieurs besoins sur le plan des recherches à effectuer pour soutenir la prise de décisions en matière d'adaptation, à savoir :

  • des analyses économiques quantitatives, notamment sur les coûts et les avantages que présentent les impacts et les mesures d'adaptation;
  • des analyses des processus d'adaptation;
  • l'élaboration de scénarios climatiques et socio-économiques améliorés susceptibles d'apporter plus d'éléments utiles à la prise de décisions en matière d'adaptation et d'évaluation des impacts, et l'étude des incertitudes associées à ces scénarios;
  • l'amélioration des connaissances sur les seuils à l'intérieur des systèmes naturels et humains au-delà desquels l'adaptation devient soit inefficace soit trop coûteuse;
  • la mise au point de méthodes et d'outils pour faciliter l'intégration de l'adaptation au changement climatique dans les processus de planification sectoriels.

La nécessité d'entreprendre d'autres recherches et les incertitudes scientifiques que cela suppose ne sont pas des prétextes à l'inaction. Ainsi en témoignent les nombreux exemples de mesures d'adaptation préventives prises au Canada et ailleurs dans le monde. Les mesures d'adaptation qui visent à réduire la vulnérabilité à des conditions climatiques actuelles et futures constituent un premier pas logique, puisqu'elles procurent des avantages, peu importe l'allure que prendra le changement climatique. L'adaptation, par exemple, des plans d'un bâtiment ou d'un élément d'infrastructure en fonction des tendances climatiques récentes et des projections, la mise en œuvre de stratégies d'économie d'eau et d'énergie en vue d'en réduire la demande, et la réduction de la dépendance à l'égard des secteurs sensibles au climat par le biais de la diversification économique sont autant de mesures qui procureront des avantages à court et à long termes, et qui augmenteront la résilience des collectivités et de l'industrie.

L'adaptation est un processus continu auquel il faut accorder une plus grande attention au Canada et partout dans le monde. Dans de nombreux cas, les rajustements que nécessitera l'adaptation au changement climatique pourront s'effectuer à la faveur des processus et des activités en cours. L'urgence qui s'impose dépend de la vulnérabilité du système ainsi que de l'ordre de grandeur et du cycle de vie des investissements effectués. Par exemple, des milliards de dollars sont investis chaque année au Canada dans des infrastructures sensibles au climat qui devront fonctionner avec efficacité et en toute sécurité pendant de nombreuses décennies. Dans un même ordre d'idées, plusieurs industries et administrations locales planifient des travaux d'aménagement qui s'étendent sur les 20 à 50 prochaines années. Si l'on reconnaît que le climat de demain sera différent du climat actuel et si l'on conçoit des systèmes résistants capables de soutenir les changements qui se produiront, on augmentera la valeur des investissements et la durabilité des ouvrages construits.